Chaque année, le 14 juillet, la République fait retentir le canon, défile sous les drapeaux tricolores et célèbre ce qu’elle appelle sa « fête nationale ». Pourtant, pour quiconque aime la France dans sa profondeur historique, religieuse et royale, cette date sonne comme une dissonance. Elle commémore la prise de la Bastille, événement sanglant qui ouvrit les portes à la Terreur, à la déchristianisation, à l’assassinat du roi très-chrétien et à la guerre civile. Elle glorifie la rupture, non la continuité ; la révolution, non l’ordre ; l’homme sans Dieu, non la nation sous le regard de Dieu.
Il existe une autre date, bien plus ancienne, bien plus pure, bien plus française : le 15 août, fête de l’Assomption de la Très Sainte Vierge Marie. C’est elle, et non le 14 juillet, qui fut pendant des siècles la véritable fête nationale du royaume de France. C’est elle que le roi Louis XIII imposa solennellement à tout le pays. C’est elle que le pape Pie XI confirma comme patronage officiel de la France. C’est elle que les Français authentiques doivent aujourd’hui revendiquer comme le jour où la France se souvient de ce qu’elle est vraiment : non une abstraction idéologique, mais la fille aînée de l’Église, le royaume de Marie.
La France, fille aînée de l’Église et royaume de Marie
Dès ses origines, la France fut liée à la foi catholique d’une manière unique. Le baptême de Clovis, à Reims, le jour de Noël 496, marqua l’entrée d’un peuple barbare dans l’Église romaine. Ce jour-là naquit non seulement un royaume, mais une vocation. Les papes n’ont cessé de le rappeler. Léon XIII, dans Nobilissima Gallorum gens, évoquait la gloire particulière de la « nobilissima gens Gallorum ». Saint Pie X et Jean-Paul II ont repris avec force le titre de « fille aînée de l’Église ».
Cette filiation s’est toujours exprimée dans une dévotion particulière à la Mère de Dieu. Les grandes cathédrales de France portent le nom de Notre-Dame : Paris, Chartres, Reims, Amiens, Rouen… Les rois eux-mêmes s’y sont soumis. Saint Louis récitait chaque jour l’office de la Vierge. Louis XI fit bâtir à Cléry un sanctuaire en accomplissement d’un vœu. Et c’est Louis XIII qui porta cette dévotion à son point le plus solennel et le plus politique.
Le vœu de Louis XIII : la France consacrée à Notre-Dame de l’Assomption
Le 10 février 1638, au château de Saint-Germain-en-Laye, le roi Louis XIII publia une déclaration qui a force de loi. Après vingt-trois ans de mariage sans héritier, après avoir multiplié les prières et les neuvaines, notamment à Notre-Dame de Cotignac, le roi, certain désormais de la grossesse de la reine Anne d’Autriche, consacre solennellement le royaume.
Voici les paroles exactes de l’édit :
« Prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre État, notre couronne et nos sujets. »
Il ordonne que, chaque année, le jour de l’Assomption, dans toutes les églises du royaume, on fasse mémoire de cette consécration à la grand-messe, puis que l’on organise une procession solennelle après les vêpres, avec la participation des compagnies souveraines et des corps de ville. Il promet en outre de faire reconstruire le maître-autel de Notre-Dame de Paris, où l’on verrait le roi offrant sa couronne et son sceptre à la Vierge et à son Fils.
Le 15 août 1638, le roi lui-même, alors à Abbeville avec ses armées, prononce la consécration. Quelques semaines plus tard, le 5 septembre, naît Louis Dieudonné, le futur Louis XIV. La Providence semble répondre.
Ce n’était pas un simple geste de piété personnelle. C’était un acte d’État. Le Parlement de Paris enregistre la déclaration. Les évêques reçoivent l’ordre de faire célébrer la solennité dans tous les diocèses. Le 15 août devient officiellement la fête du royaume. Louis XIV renouvellera le vœu. Louis XV le fera encore en 1738 pour le centenaire. Jusqu’à la Révolution, le 15 août est bel et bien la fête nationale de la France catholique et royale.
La Révolution, fidèle à elle-même, abolit ce vœu le 14 août 1792. Elle remplaça la Vierge par la déesse Raison, le roi par la guillotine, et le 15 août par le 14 juillet. Mais la mémoire ne mourut pas. Sous la Restauration, le vœu fut rétabli. Même Napoléon, en instituant la « Saint-Napoléon » le 15 août, ne put effacer complètement le caractère marial de la date.
La confirmation pontificale : Pie XI proclame Notre-Dame de l’Assomption patronne principale de la France
Le 2 mars 1922, le pape Pie XI, dans la lettre apostolique Galliam, Ecclesiae filiam primogenitam, porta à son accomplissement ce que Louis XIII avait commencé. Il déclara et confirma, de science certaine et dans la plénitude de son pouvoir apostolique, que :
« la Vierge Marie Mère de Dieu, sous le titre de son Assomption dans le ciel, a été régulièrement choisie comme principale patronne de toute la France auprès de Dieu, avec tous les privilèges et les honneurs que comportent ce noble titre et cette dignité. »
Il ajouta sainte Jeanne d’Arc comme patronne secondaire. Dans le même document, le pape rappelait explicitement le vœu de Louis XIII et la continuité de la dévotion française à Marie. Il évoquait l’adage ancien : « Regnum Galliae, regnum Mariae » — le royaume de France est le royaume de Marie.
Cette proclamation n’est pas un détail liturgique. Elle est un acte de reconnaissance de la vocation historique de la France. Le pape Benoît XV avait préparé cette décision ; Pie XI l’acheva. Ainsi, l’autorité suprême de l’Église confirma ce que le roi très-chrétien avait voulu : la France appartient à Marie de l’Assomption.
L’Assomption, mystère et vocation
Le dogme de l’Assomption, défini par Pie XII le 1er novembre 1950 dans Munificentissimus Deus, affirme que la Vierge immaculée, à la fin de sa vie terrestre, a été élevée corps et âme à la gloire céleste. Ce mystère n’est pas seulement une vérité de foi. Pour la France, il est une promesse et un modèle. Marie, élevée au ciel, intercède pour ceux qui se sont placés sous sa protection. Une nation qui se reconnaît fille de Marie ne peut vivre durablement dans le reniement de Dieu, de la loi naturelle et de sa propre histoire.
Le 15 août n’est donc pas seulement une fête religieuse. C’est le jour où la France se souvient qu’elle fut fondée dans le baptême, qu’elle fut gouvernée par des rois qui se savaient vicaires de Dieu, et qu’elle fut consacrée, de manière irrevocable, à la Reine du Ciel.
Contre la fausse fête nationale
Le 14 juillet célèbre une rupture. Il glorifie l’assassinat symbolique de l’ordre ancien, la destruction de l’autel et du trône. Il a donné naissance à un régime qui, à plusieurs reprises, a persécuté l’Église, chassé les religieux, inventé la laïcité de combat et, aujourd’hui encore, s’efforce d’effacer les racines chrétiennes de la nation.
Le 15 août, au contraire, unit le trône et l’autel, la nation et la grâce, l’histoire et l’éternité. Il rappelle que la vraie grandeur de la France ne fut jamais dans la révolte, mais dans la fidélité. Fidélité à Dieu, fidélité à ses rois, fidélité à sa vocation de fille aînée.
Les patriotes catholiques et royalistes n’ont pas à rougir de cette vérité. Ils doivent au contraire la proclamer avec force. Le 15 août n’est pas une fête « réactionnaire ». C’est la fête de la France réelle, celle qui a donné des saints, des cathédrales, des rois, des missionnaires, et qui, même dans ses trahisons, n’a jamais été totalement abandonnée par la Vierge.
Un appel
Aujourd’hui encore, des processions se tiennent le 15 août dans de nombreuses villes de France. À Paris, le cardinal Lustiger avait relancé la mémoire du vœu de Louis XIII. Des évêques renouvellent parfois la consécration. Il faut aller plus loin. Il faut que les Français catholiques et les Français patriotes cessent d’accepter passivement le calendrier révolutionnaire comme s’il était intangible. Le 15 août doit redevenir, dans les cœurs et dans les actes, la fête nationale de la France.
Que chaque 15 août, les cloches sonnent non seulement pour l’Assomption, mais pour la France. Que l’on se souvienne des paroles de Louis XIII. Que l’on médite celles de Pie XI. Que l’on entende encore l’appel de Jean-Paul II : « France, fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? »
La réponse dépend de nous. En choisissant le 15 août comme notre fête, nous choisissons de rester fidèles. Nous choisissons Marie. Nous choisissons la France éternelle, celle qui ne meurt pas, parce qu’elle a été remise une fois pour toutes entre les mains de la Reine du Ciel.
Vive le Christ qui est Roi des Francs. Vive la Vierge de l’Assomption, patronne de la France. Vive le 15 août, véritable fête nationale.



