L’Arménie veut l’UE sans quitter tout de suite le marché russe : Moscou dit non

Illustration : Openverse

Vladimir Poutine et Nikol Pachinian se sont entretenus mardi 1er septembre à Bichkek, en marge du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai, qui marquait le 25e anniversaire de l’organisation. C’était leur première rencontre depuis les élections législatives arméniennes du 7 juin, remportées par le parti Contrat civil du Premier ministre, avec environ 49,8 % des voix et une majorité à l’Assemblée.

Le président russe a répété que la volonté d’Erevan de rejoindre l’Union européenne « crée assurément des difficultés pour le maintien de son statut au sein de l’Union économique eurasiatique » (UEEA). Il a demandé que cette orientation soit soumise à un référendum « le plus rapidement possible », afin que Moscou puisse « ajuster [ses] politiques commerciale et économique en fonction de ces possibles décisions ». Selon lui, adopter une loi qui lance la procédure d’adhésion à une autre organisation économique « revient dans les faits à annoncer le retrait » de l’UEEA, les deux ensembles étant incompatibles. Il a toutefois indiqué respecter « tout choix du peuple arménien ».

Nikol Pachinian a répondu que la loi adoptée en 2025, qui consacre l’intention de l’Arménie d’engager un processus d’adhésion à l’UE, rendait un référendum inutile à ce stade. Il a jugé prématuré de parler d’une sortie de l’UEEA : Erevan, a-t-il dit, n’a pas notifié ses partenaires d’un retrait, et le traité de l’union prévoit une procédure que l’Arménie n’a pas enclenchée. Le Premier ministre a ajouté qu’une analyse du cadre contractuel avec la Russie et l’UEEA n’avait, selon lui, révélé aucune violation des obligations arméniennes. « Quand une alternative sera créée, nous ferons un choix », a-t-il déclaré.

Un différend déjà ancien

L’Arménie a adhéré en 2015 à l’UEEA, union douanière et marché commun regroupant la Russie, la Biélorussie, le Kazakhstan et le Kirghizstan. La Russie reste un partenaire commercial majeur d’Erevan (de l’ordre de 35 % du commerce extérieur selon des estimations récentes). En mars 2025, le Parlement arménien a adopté une loi ouvrant le processus d’adhésion à l’UE. Il ne s’agit pas encore d’une demande formelle de candidature. Bruxelles a indiqué qu’elle examinerait « avec intérêt » une éventuelle demande ; aucune adhésion n’est garantie ni datée.

Le rapprochement avec l’UE s’est accéléré après la reconquête du Haut-Karabakh par l’Azerbaïdjan et les critiques d’Erevan sur l’absence de soutien de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), alliance militaire dirigée par Moscou. L’Arménie a gelé sa participation à l’OTSC en 2024. Moscou a multiplié les pressions : restrictions à l’importation de produits arméniens (cognac, vin, produits agricoles), menaces sur le gaz et les hydrocarbures. Fin mai, à Astana, les autres membres de l’UEEA ont estimé que la trajectoire européenne d’Erevan faisait peser des « risques » sur la sécurité économique de l’union et ont évoqué un examen d’une possible suspension d’ici décembre. Ils avaient déjà appelé à un référendum.

Les observateurs européens des législatives de juin ont dénoncé une « ingérence » russe, notamment par des mesures commerciales et des campagnes d’influence. Moscou a, de son côté, accusé l’Occident d’ingérence et contesté le scrutin. La rencontre de Bichkek n’a tranché ni le calendrier européen d’Erevan ni le statut de l’Arménie dans l’UEEA. Elle a seulement rendu public, une nouvelle fois, le désaccord sur la compatibilité des deux appartenances.

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