L’Arménie annonce être quasiment prête à demander son adhésion à l’Union européenne

Photo : Gevorg Avetisyan

Lundi 24 août, devant le Parlement d’Erevan, le Premier ministre Nikol Pachinian a annoncé que l’Arménie pourrait « dans un futur proche » engager le processus de dépôt d’une demande officielle d’adhésion à l’Union européenne. La déclaration a été faite lors de la présentation du programme de gouvernement 2026-2031. Elle n’est pas anodine. Elle intervient dans un contexte de tensions extrêmes avec Moscou et alors que la Russie est déjà engagée dans une guerre d’usure en Ukraine.

L’Arménie, ex-république soviétique du Caucase, était jusqu’à récemment considérée par le Kremlin comme une pièce de son « pré carré ». Membre de l’Union économique eurasiatique (UEE) et liée à la Russie par le pacte de sécurité collective (OTSC), elle accueille encore une base militaire russe. Mais depuis la défaite de 2023 face à l’Azerbaïdjan et la perte du Haut-Karabakh, Erevan a basculé. Les forces de maintien de la paix russes, présentes sur place, n’ont pas empêché la reconquête azérie. Plus de 100 000 Arméniens ont fui en quelques jours. Pour une grande partie de la population et pour le pouvoir, Moscou a trahi.

Pachinian a progressivement gelé la participation de son pays à l’OTSC. Il a multiplié les gestes en direction de Bruxelles et de Washington. En mars 2025, le Parlement arménien a adopté une loi lançant officiellement le processus d’adhésion à l’UE. En mai 2026, Erevan a accueilli un sommet avec l’Union européenne. Ursula von der Leyen a ouvert le marché européen à la plupart des exportations arméniennes. Pachinian a été réélu en juin 2026 sur cette ligne pro-occidentale.

Moscou a réagi avec une violence croissante. Dès le printemps 2026, la Russie a multiplié les restrictions phytosanitaires sur les exportations agricoles arméniennes : fleurs, fruits, légumes, cognac, eau minérale, poisson… Des mesures présentées comme techniques, mais clairement politiques. L’agriculture arménienne dépendait massivement du marché russe. Le commerce bilatéral, qui représentait encore environ un tiers du commerce extérieur de l’Arménie, a chuté. Le Kremlin a également menacé de remettre en cause les prix préférentiels du gaz russe, vitaux pour ce pays enclavé.

En mai 2026, les présidents russe, biélorusse, kazakh et kirghiz ont exigé qu’Erevan organise « dans les plus brefs délais » un référendum sur le choix entre l’adhésion à l’UE et le maintien dans l’Union économique eurasiatique. Ils ont prévenu que la poursuite du rapprochement européen posait des « risques significatifs pour la sécurité économique » de l’UEE et que le statut de l’Arménie dans l’organisation pourrait être réexaminé. Vladimir Poutine a explicitement rappelé que « la crise en Ukraine a commencé avec les efforts pour rejoindre l’UE ».

Pachinian a répondu lundi en inversant la logique. Selon lui, un référendum n’a de sens qu’une fois que l’on peut « évaluer le réalisme » d’une adhésion. Pour cela, il faut d’abord déposer une candidature officielle, obtenir une réponse de Bruxelles et disposer d’une feuille de route. « Nous pourrions enclencher ce processus dans un futur proche, surtout étant donné les demandes urgentes de nos partenaires de l’Union économique eurasiatique », a-t-il déclaré avec un humour glacial.

Autrement dit : face à la pression russe, Erevan accélère au lieu de freiner. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déjà réagi en rappelant ironiquement le cas de la Turquie, candidate depuis des décennies et toujours en attente.

Le calcul est risqué. L’Arménie reste économiquement dépendante de la Russie. Elle n’a ni candidat statut européen, ni perspective d’adhésion rapide. Mais politiquement, le message est clair : Erevan refuse de rester dans l’orbite russe après ce qu’elle considère comme un abandon. En poussant ostensiblement vers l’UE au moment où Moscou est engagé en Ukraine, le gouvernement arménien place Poutine face à un dilemme. Soit il laisse s’éroder un peu plus son influence dans le Caucase, soit il durcit encore la pression, au risque d’ouvrir un nouveau front d’instabilité.

Dans le langage diplomatique, on appelle cela une « politique de diversification ». Dans le langage de la géopolitique, c’est une provocation calculée. On voudrait pousser la Russie à étendre sa guerre, on ne s’y prendrait pas autrement.

L'actualité internationale et les enjeux géopolitiques ont une grande influence sur la vie des Français. Pour cette raison, le Journal des Français fournit à ses lecteurs une relation et une analyse des événements internationaux les plus importants.

Vous lisez cet article parce qu'il est d'accès entièrement gratuit, offert à tous les lecteurs. D'autres articles sont réservés à nos abonnés.

En choisissant de vous abonner, vous permettez à la presse non-subventionnée d'exister et de vous informer avec un regard libre sur les événements internationaux.

5€/mois — petits revenus

70€/an — 2 mois offerts

Soit l’équivalent de 5,83€/mois.

0 Commentaires


Le Journal des Francais