L’Allemagne n’a jamais abandonné ses velléités de domination sur l’Europe. C’est reparti, une nouvelle fois

DR

On avait cru, après 1945, que le spectre de la Grande Allemagne s’était définitivement dissipé. Les guerres de 1870-1871, de 1914-1918 et de 1939-1945 étaient censées appartenir aux manuels d’histoire. La « démocratie exemplaire » construite outre-Rhin, l’ancrage atlantiste et la construction européenne avaient, pensait-on, définitivement exorcisé les vieux démons. Erreur. Sous le chancelier Friedrich Merz, et à la faveur de la « Zeitenwende » lancée en février 2022, Berlin a engagé un réarmement d’une ampleur et d’une rapidité qui inquiètent désormais ses partenaires, à commencer par la France. Et le message est clair : l’Allemagne entend redevenir la puissance militaire et industrielle dominante du continent.

Berlin clame haut et fort que la Bundeswehr sera au service de l’Europe et de l’Otan. Dans les faits, elle poursuit une logique purement territoriale, refuse tout déploiement significatif en Ukraine ou ailleurs, et continue d’acheter l’essentiel de ses équipements aux États-Unis, malgré le virage stratégique de Washington. Pendant des décennies, l’Allemagne a délégué sa sécurité aux autres en se comportant comme un passager clandestin confortablement installé sous le parapluie américain. Aujourd’hui, elle prétend prendre le leadership. Cette immaturité politique et le manque d’expérience de ses soldats ne sont pas de nature à rassurer.

Parallèlement, Berlin actionne tous les leviers à Bruxelles pour imposer son agenda, quasiment toujours au détriment des intérêts de ses « partenaires ». L’industrie de la défense devient le nouveau terrain de chasse. Face au déclin de son automobile, l’Allemagne veut se tailler la part du lion dans le réarmement européen. Rheinmetall en est le symbole parfait. Le PDG Armin Papperger, le ministre-président Markus Söder et le secrétaire d’État à la Défense Nils Schmid ont posé ensemble la première pierre de l’agrandissement de l’usine de poudre propulsive Nitrochemie. 350 millions d’euros d’investissements. Objectif : passer de 1 700 à 4 200 tonnes de poudre par an, de 300 000 à plus d’un million de modules de charge propulsive. Faire d’Aschau « l’usine de poudre la plus grande et la plus moderne d’Europe ». Papperger ne mâche pas ses mots : « Sans cette usine, l’Otan n’est pas apte au combat. »

Le message est limpide. Hier encore paria, l’industrie de la défense allemande est aujourd’hui courtisée. « Rheinmetall est le nouveau Volkswagen », glisse un connaisseur. La voiture cède la place au char. Tout un symbole. Pendant que l’automobile allemande s’effondre, les canons et la poudre prennent le relais. Et Berlin n’hésite pas à lâcher ses partenaires européens pour s’attirer les grâces de Washington ou de Pékin quand cela l’arrange.

Les Français, eux, s’inquiètent. Le chef d’état-major des armées a déjà alerté sur le « cavalier seul » de Berlin et sur le décrochage qui se creuse. Alors que l’Allemagne s’apprête à dépenser bientôt le double de la France pour sa défense, Paris voit se profiler une domination industrielle et opérationnelle allemande. L’échec du SCAF a été entériné. Les coopérations qui restent – y compris un futur exercice nucléaire commun – ne masquent pas la réalité : Berlin avance avec méthode et sans complexe.

L’Allemagne démocratique d’aujourd’hui n’est pas celle de 1933. Mais l’histoire allemande a montré à plusieurs reprises que la puissance, une fois reconquise, ne se contente jamais longtemps du rôle de puissance moyenne.

Merz veut faire de la Bundeswehr « l’armée conventionnelle la plus puissante » du Vieux Continent. Rheinmetall construit l’outil industriel correspondant. L’Allemagne parle d’Europe et d’Otan, mais agit d’abord pour elle-même. Les ombres du passé ne sont pas mortes. Elles se sont simplement adaptées à l’époque. Et elles avancent de nouveau.

L'actualité internationale et les enjeux géopolitiques ont une grande influence sur la vie des Français. Pour cette raison, le Journal des Français fournit à ses lecteurs une relation et une analyse des événements internationaux les plus importants.

Vous lisez cet article parce qu'il est d'accès entièrement gratuit, offert à tous les lecteurs. D'autres articles sont réservés à nos abonnés.

En choisissant de vous abonner, vous permettez à la presse non-subventionnée d'exister et de vous informer avec un regard libre sur les événements internationaux.

5€/mois — petits revenus

70€/an — 2 mois offerts

Soit l’équivalent de 5,83€/mois.

0 Commentaires


Le Journal des Francais