La Royal Navy incapable de déployer un navire en urgence vers la Méditerranée

Shutterstock

La crise militaire au Moyen-Orient agit comme un révélateur brutal pour le Royaume-Uni. Londres n’est pas encore parvenu à envoyer un seul navire de défense aérienne vers la Méditerranée orientale, alors que plusieurs alliés attendent un renfort naval rapide dans la région.

Le destroyer HMS Dragon, un bâtiment de type 45 spécialisé dans la défense antiaérienne, est toujours immobilisé à la base navale de Portsmouth. Des travaux techniques, notamment de soudure, empêchent pour l’instant son départ. Même une fois appareillé, le navire mettra encore plusieurs jours pour rejoindre la zone d’opérations.

Cette situation provoque une vive polémique au Royaume-Uni. Pour la première fois depuis plusieurs siècles, selon certains commentateurs de la presse britannique, aucun destroyer ni aucune frégate de la Royal Navy n’est actuellement déployé dans le Golfe ou en Méditerranée orientale.

Une flotte largement immobilisée

L’indisponibilité actuelle des bâtiments britanniques révèle l’ampleur des difficultés. Les six destroyers de type 45 que possède la Royal Navy sont actuellement en maintenance ou en préparation technique.

Les deux porte-avions britanniques, le HMS Queen Elizabeth et le HMS Prince of Wales, sont eux aussi indisponibles, tous deux étant engagés dans des cycles d’entretien.

La situation est comparable dans la flotte sous-marine. Sur les cinq sous-marins nucléaires d’attaque de la classe Astute, un seul serait opérationnel actuellement. Cette faible disponibilité réduit considérablement la capacité de réaction rapide de la marine britannique.

Pour les spécialistes militaires, cette crise met en évidence un problème structurel : la Royal Navy dispose de navires technologiquement avancés, mais en nombre limité, ce qui rend chaque période de maintenance particulièrement critique.

Des critiques venant aussi des alliés

La lenteur de la réaction britannique suscite également des critiques à l’étranger. Des partenaires du Golfe, notamment Bahreïn et les Émirats arabes unis, auraient exprimé leur frustration face à l’absence de renforts navals rapides.

La situation est d’autant plus sensible que le Royaume-Uni dispose encore de bases militaires souveraines à Chypre, héritées des accords signés lors de l’indépendance de l’île en 1960. Ces zones, notamment la base d’Akrotiri, représentent un élément central de la présence militaire britannique dans la région.

Un drone iranien s’est récemment abattu dans cette zone, ce qui renforce les interrogations sur la capacité de Londres à protéger ses propres installations militaires.

Un contraste avec la présence française

La situation embarrasse également Londres sur le plan diplomatique. La France dispose déjà de moyens navals dans la région et son porte-avions Charles de Gaulle est actuellement en route vers la Méditerranée orientale.

Ce contraste alimente les critiques dans la presse britannique, certains commentateurs évoquant une forme d’« humiliation » stratégique pour le Royaume-Uni.

Dans ce contexte, le gouvernement britannique a tenté de réagir en annonçant l’envoi de quatre chasseurs Typhoon supplémentaires au Qatar ainsi que le déploiement d’hélicoptères Wildcat à Chypre, notamment pour renforcer les capacités de lutte contre les drones.

Un déclin progressif depuis la fin de la guerre froide

La situation actuelle s’inscrit dans une évolution plus longue. À la fin de la guerre froide, la Royal Navy comptait encore 34 frégates, 12 destroyers, trois porte-avions et quatorze sous-marins nucléaires d’attaque.

Aujourd’hui, la flotte de surface a fortement diminué. Le Royaume-Uni ne dispose plus que de treize frégates et destroyers au total, soit près de moitié moins qu’au début des années 2010.

Durant quinze années, entre 2002 et 2017, aucun gouvernement britannique n’a lancé la construction de nouvelles frégates, ce qui a accentué l’érosion progressive des capacités navales.

Certains navires souffrent également de problèmes techniques ou de conception, notamment des systèmes de propulsion qui supportent mal les températures élevées des eaux du Moyen-Orient.

Des forces armées sous tension

Les difficultés ne concernent pas uniquement la marine. L’armée de terre britannique compte aujourd’hui environ 70 000 soldats, soit son niveau le plus faible depuis les guerres napoléoniennes.

Les responsables militaires britanniques ont récemment reconnu que le pays aurait des difficultés à déployer rapidement une brigade complète de plusieurs milliers d’hommes dans une opération extérieure majeure.

Le gouvernement a promis d’augmenter le budget de la défense à 2,5 % du PIB d’ici 2027, puis à 3,5 % en 2035. Cependant, selon plusieurs estimations internes, les forces armées britanniques font face à un déficit de financement estimé à près de 28 milliards de livres.

En janvier, le chef des armées britanniques, l’Air Chief Marshal Richard Knighton, a averti le Parlement que les forces du Royaume-Uni ne sont pas aujourd’hui préparées à un conflit de grande ampleur.

La crise actuelle agit donc comme un révélateur brutal : derrière le prestige historique de la Royal Navy se cache désormais une armée confrontée à des contraintes budgétaires, à un manque d’effectifs et à une flotte plus réduite que jamais.

L'actualité internationale et les enjeux géopolitiques ont une grande influence sur la vie des Français. Pour cette raison, le Journal des Français fournit à ses lecteurs une relation et une analyse des événements internationaux les plus importants.

Vous lisez cet article parce qu'il est d'accès entièrement gratuit, offert à tous les lecteurs. D'autres articles sont réservés à nos abonnés.

En choisissant de vous abonner, vous permettez à la presse non-subventionnée d'exister et de vous informer avec un regard libre sur les événements internationaux.

5€/mois — petits revenus

70€/an — 2 mois offerts

Soit l’équivalent de 5,83€/mois.

0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires


Le Journal des Francais