Sous couvert de lutte contre le terrorisme, le crime organisé et l’espionnage, une caste de sénateurs et députés — dont Muriel Jourda — veut purement et simplement détruire le chiffrement de bout en bout. Ils veulent imposer des portes dérobées, des accès « ciblés », des backdoors techniques. En clair : ils veulent pouvoir lire vos messages comme on ouvrait une lettre au XIXe siècle. Sauf qu’aujourd’hui, c’est toute votre vie intime, professionnelle, militante et familiale qui passe par ces applications.
Ce projet est une abomination liberticide.
D’abord, parce qu’il repose sur un mensonge colossal : le chiffrement ne protège pas « seulement les terroristes ». Il protège tout le monde. Journalistes enquêtant sur des scandales d’État, lanceurs d’alerte, opposants politiques, femmes battues qui fuient leur conjoint, entreprises contre l’espionnage industriel, militants des droits humains dans des pays autoritaires… Tous utilisent Signal, précisément parce que personne d’autre ne peut lire leurs échanges. Briser ce verrou, c’est livrer ces personnes à la curiosité malsaine de l’État ou, demain, à n’importe quel régime qui récupérera l’outil.
Les parlementaires osent comparer cela aux écoutes téléphoniques classiques. Mensonge éhonté. Le chiffrement de bout en bout signifie que même les plateformes ne peuvent pas lire le contenu. Imposer un accès, c’est obliger les entreprises à affaiblir volontairement la sécurité de milliards d’utilisateurs dans le monde. C’est créer une faille que les vrais criminels, les États voyous, les hackers et les services étrangers exploiteront en quelques semaines. La Chine, la Russie et l’Iran se frotteront les mains : merci Paris pour la technologie de surveillance clé en main.
On nous ressert l’éternel chantage sécuritaire : « Si vous refusez, vous protégez les terroristes. » Faux. Les vrais terroristes et les grands réseaux criminels utilisent déjà des outils bien plus opaques, des serveurs auto-hébergés, des protocoles maison ou tout simplement des conversations physiques. Affaiblir le chiffrement grand public ne fera que punir les citoyens honnêtes tout en laissant les plus dangereux s’adapter. C’est du théâtre sécuritaire pour faire croire que l’on agit.
Ce n’est pas une question technique, c’est une question philosophique. Dans quel pays voulons-nous vivre ? Un pays où l’État se méfie de ses citoyens au point de vouloir tout voir, tout lire, tout contrôler ? Un pays qui préfère sacrifier la liberté sur l’autel d’une illusion de sécurité ? La France, patrie des droits de l’homme, est-elle prête à devenir une vulgaire copie numérique d’un régime autoritaire ?
Assez.
Le chiffrement n’est pas un luxe. C’est le dernier bastion de la vie privée à l’ère du numérique. Le dernier endroit où l’on peut encore dire ce que l’on pense sans risquer d’être écouté par un fonctionnaire zélé, un juge aux ordres ou un futur gouvernement autoritaire.
Refusons en bloc ces « travaux européens », ces « dialogues exigeants » avec les plateformes et ces futures « initiatives législatives ».
Pas de backdoors. Pas de portes dérobées. Pas de chiffrement affaibli.
Celui qui veut lire mes messages sans mon consentement se déclare mon ennemi. Qu’il soit terroriste, hacker ou… parlementaire français. La ligne de défense est claire : chiffrement fort ou rien.
Et tant pis pour ceux qui préfèrent vivre à genoux, sous surveillance permanente, « pour leur sécurité ».
Les autres choisiront la liberté.


