La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a déclaré mardi 15 septembre que la « dissuasion nucléaire avancée » proposée par la France à ses alliés européens constituait un « risque » pour Moscou. S’exprimant lors de son point de presse hebdomadaire, elle a formulé le jugement suivant : « Nous qualifions cette initiative française, pour parler avec douceur et beaucoup de diplomatie, d’imprudente. Bien sûr, cela crée des risques pour nous. »
Mme Zakharova a ajouté que l’installation d’un dispositif nucléaire français plus près des frontières russes le rendrait « plus facile » à frapper par l’armée russe en cas de conflit. Elle a évoqué le « mythe d’une menace russe » et appelé les pays occidentaux à « jeter un regard lucide sur le monde et à prendre nos avertissements très au sérieux ».
La déclaration intervient au lendemain de l’annonce officielle, lundi 14 septembre, de l’adhésion de la Finlande. Dans un communiqué conjoint, Paris et Helsinki ont indiqué qu’« un groupe de pilotage nucléaire sera établi dans les prochains mois pour commencer la mise en œuvre de cette coopération ». La Finlande devient ainsi le dixième État européen associé à l’initiative lancée par Emmanuel Macron le 2 mars 2026 depuis la base de l’île Longue.
Le président finlandais Alexander Stubb a précisé que le dispositif visait « avant tout à renforcer la sécurité européenne », à « prévenir les escalades » et à accroître « la responsabilité de l’Europe pour sa propre défense ». Il a souligné que l’initiative française « ne se substitue pas » à la dissuasion nucléaire de l’Otan et que la Finlande « n’a pas l’intention de stationner d’armes nucléaires sur son territoire en temps de paix ». Helsinki partage 1 300 kilomètres de frontière avec la Russie et a adhéré à l’Alliance atlantique en 2023. En juin 2026, le pays avait déjà modifié sa législation pour permettre le transit ou le déploiement d’armes nucléaires sur son sol.
L’Estonie, autre État frontalier de la Russie, a annoncé le même jour être « en discussion » avec la France. Le Premier ministre Kristen Michal a déclaré à l’AFP qu’il ne s’agissait pas d’une adhésion automatique : « Ce n’est pas le genre d’initiative à laquelle on adhère simplement. Cela exige certaines capacités, une certaine préparation. » L’Estonie est déjà couverte par le parapluie nucléaire de l’Otan et accueille un contingent français dans le cadre de la mission Lynx.
Ce que recouvre le dispositif
La France et le Royaume-Uni sont les seuls États européens détenteurs de l’arme nucléaire. L’initiative de « dissuasion avancée » — forward nuclear deterrence dans les textes anglais — n’implique aucun partage de la décision d’emploi. Celle-ci reste, selon l’Élysée et le ministère des Armées, de la seule compétence du président de la République française. Il n’y a pas non plus de partage de la planification ni de la définition des « intérêts vitaux ».
Concrètement, les pays associés peuvent participer à des exercices, à des consultations stratégiques et à du « signalement » ; des forces conventionnelles alliées peuvent appuyer des activités liées à la dissuasion française ; des éléments des Forces aériennes stratégiques — notamment des Rafale aptes à emporter l’arme nucléaire — peuvent être déployés de façon temporaire chez un partenaire. L’Allemagne a annoncé qu’elle participerait d’ici 2027 à un exercice français de dissuasion.
Huit pays s’étaient associés dès mars : le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark. La Norvège a rejoint le cadre en mai. La Finlande porte la liste à dix partenaires. Plusieurs sources diplomatiques rappellent que le dispositif se présente comme complémentaire, et non substitutif, de la mission nucléaire de l’Otan, largement adossée aux États-Unis.
Moscou n’avait pas réagi avec la même netteté au lancement de mars. L’entrée d’un voisin direct, après une modification législative finlandaise sur le nucléaire et alors que Tallinn entame des discussions, a fourni le prétexte de la contre-attaque verbale de mardi. Le résultat du groupe de pilotage franco-finlandais n’est pas encore public : il doit seulement être constitué « dans les prochains mois ».
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