L’OIP juge l’incarcération des mineurs « incompatible » avec l’enfance

Selon la section française de l’Observatoire international des prisons (OIP), qui s’exprime ce mardi 22 septembre, mettre des adolescents derrière les barreaux demeure « incompatible » avec l’enfance. Son rapport sur les 13-17 ans met en avant l’oisiveté et la solitude, des fouilles à nu répétées, la circulation de drogues ainsi qu’un manque de formations.

La France comptait 817 mineurs détenus filles et garçons au 31 août, ce qui représente 0,9 % de l’ensemble de la population carcérale. Le taux d’occupation des places qui leur sont réservées atteignait 144,4 % au centre pénitentiaire de Marseille et 100 % dans les maisons d’arrêt de Pau et de Limoges. Quarante et un quartiers mineurs et six établissements pénitentiaires pour mineurs (EPM) accueillent ces adolescents.

Créés en 2007 afin de donner la priorité à l’éducatif et de pallier les lacunes des quartiers mineurs, les EPM « ne devaient pas ressembler à une prison » ; ils en ont pourtant « tout d’une », observe l’OIP.

La contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) estimait en janvier 2024 que l’enseignement offert aux mineurs privés de liberté restait « loin d’être à la hauteur » et réclamait d’en faire « une priorité absolue pour les enfants enfermés ». Elle notait à l’été 2025 qu’un absentéisme important du personnel provoquait conjointement privation de scolarité et « surenfermement ». En novembre, la Défenseure des droits parlait de « conditions indignes de vie » et jugeait que l’enfermement des enfants n’assurait pas leur réinsertion.

Choc carcéral et temps en cellule

Pour Pauline Petitot, chargée d’enquête à l’OIP, le choc carcéral se révèle « particulièrement violent pour la majorité des adolescents ». Pensés pour limiter la carcéralité, les EPM se sont très rapidement retrouvés équipés, après les premiers incidents, de caillebotis, panneaux occultants, portes, grillages et grilles. S’y ajoutent des fouilles à nu fréquentes, menées selon des « méthodes subies et particulièrement intrusives », à une période de la vie où le rapport au corps reste fragile.

Julie Houdan, psychologue à la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), évoque « un effondrement psychique chez des adolescents » déjà marqués par des fragilités. Elle estime que l’incarcération crée une « rupture très forte » et peut générer « des impacts durables, notamment des entrées dans des pathologies psy importantes ».

D’après Carlos Lopez, éducateur et responsable Auvergne du SNPES-PJJ/FSU, une partie des jeunes demeure « 22-23 heures dans leur cellule ». Dans cet isolement, relève l’OIP, les drogues qui circulent peuvent aussi bien apporter un soutien que pousser certains vers le trafic.

Scolarité, sorties et récidive

Odile Macchi indique que le taux de récidive constaté chez les mineurs passés par la prison a varié de 63 % à 69 % sur la période 2016-2021. L’expérience de la détention elle-même, associée à une « relative impréparation des projets de sortie », explique une partie de ces parcours, peu favorables au retour en scolarité ou à l’insertion professionnelle.

« L’accès aux cours n’est pas garanti » ; les durées hebdomadaires prévues, déjà moindres que le temps scolaire hors les murs, « ne sont pas respectées ». Les autorités font état de 56 % de déscolarisation parmi les 16-17 ans suivis par la PJJ. Le manque d’effectifs pénitentiaires empêche parfois d’accompagner les jeunes jusqu’à la salle de classe. L’OIP précise que plus d’un mineur détenu sur deux ne reçoit aucune visite d’avocat.

Julien Fischmeister n’a retenu, lors d’une conférence de presse, qu’une seule préconisation de l’organisation : « mettre fin à l’enfermement des enfants et des adolescents comme réponse pénale ». Il affirme que les professionnels de terrain constatent un fonctionnement « catastrophique » et « totalement contre-productif ».

Quatre-vingt-cinq unités judiciaires à priorité éducative (UJPE) fonctionnent depuis le 1er septembre. Ces foyers d’éducation renforcée sont présentés comme plus adaptés aux besoins des adolescents.



Le Journal des Francais