Kebab, blanchisserie nationale

Photo : Nejc Soklič

L’Institut pour la justice vient de mettre des chiffres sur ce que tout le monde voit sans jamais vouloir le regarder en face : une part massive des kebabs français sert moins à nourrir les noctambules qu’à recycler l’argent de la délinquance. Près d’un établissement sur deux présenterait des indices sérieux de blanchiment. Pas une rumeur de comptoir. Une mécanique industrielle.

Des boutiques ouvertes du matin à minuit, parfois désertes, mais toujours miraculeusement rentables. Des loyers payés rubis sur l’ongle. Des changements de propriétaires aussi rapides que discrets. Et des chiffres d’affaires qui défient toute logique commerciale. Le kebab n’est plus un commerce de bouche : c’est une bouche d’égout financière.


La France, paradis administratif du cash douteux

Le système est d’une simplicité biblique. Vous avez de l’argent sale ? Vous ouvrez un snack. Vous déclarez ce que vous voulez. Vous encaissez beaucoup en liquide. Vous mélangez le réel et le fictif. Et l’administration, faute de moyens, de volonté ou de courage politique, tamponne.

Dans n’importe quel autre secteur, un tel taux d’anomalies déclencherait un plan national, des contrôles massifs, des fermetures administratives en série. Ici, on parle de « phénomène complexe », de « prudence méthodologique », de « risque de stigmatisation ». Traduction : surtout ne rien faire.

Des commerces vitrines pour économies parallèles

Le kebab coche toutes les cases du commerce idéal pour blanchir : petite structure, forte proportion de paiements en espèces, rotation rapide de clients, marges floues, stocks difficiles à contrôler, comptabilité bricolable.

Résultat : ces établissements deviennent les guichets automatiques des trafics. Drogue, recel, travail clandestin, parfois pire. L’argent circule, se nettoie, ressort légal, prêt à investir dans l’immobilier, les voitures de luxe ou d’autres commerces tout aussi “respectables”.

Pendant ce temps, les vrais restaurateurs ferment, étranglés par les charges, les normes et la fiscalité, concurrencés par des vitrines criminelles déguisées en sandwicheries.

L’aveuglement volontaire des autorités

Les rapports s’empilent. Les alertes se multiplient. Les maires protestent à voix basse. Les policiers savent. Les préfets savent. Les ministres savent. Et tout continue.

Car toucher à ce système, ce serait reconnaître qu’une partie du territoire économique fonctionne hors de l’État, hors de l’impôt, hors du droit commun. Ce serait admettre que la République n’est parfois plus qu’une décoration administrative posée sur des circuits financiers mafieux.

Alors on parle de vivre-ensemble, on subventionne des associations, on inaugure des « plans de lutte » sans dents, pendant que les broches tournent et que les billets se recyclent.

La France découvre qu’elle n’est pas seulement un pays gastronomique, mais aussi une blanchisserie à ciel ouvert.

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