Il y a quelque chose de presque touchant dans cette volonté d’Édouard Philippe de séduire les jeunes électeurs. Presque. Car le constat est brutal : chez les 18-24 ans, son score plafonne entre 7 et 13 %, loin derrière les figures plus clivantes comme Jean-Luc Mélenchon ou les représentants du RN.
Autrement dit, pendant que certains captent l’attention avec des discours radicaux et des formats calibrés pour les réseaux sociaux, Philippe arrive avec… de la modération, de la gestion, et un plaidoyer pour travailler plus longtemps. On sent immédiatement que l’alchimie est parfaite.
Une jeunesse qui ne vote pas (ou pas pour lui)
Les sondeurs résument la situation avec une élégance clinique : plus les électeurs vieillissent, plus ils votent pour lui. Ce qui, traduit autrement, signifie que la jeunesse regarde ailleurs.
Il faut dire que les priorités du candidat — ordre économique, réforme des retraites, stabilité — résonnent davantage chez ceux qui ont déjà un crédit immobilier que chez ceux qui hésitent encore entre deux stages sous-payés. Pendant ce temps, les jeunes électeurs expriment une « demande de radicalité ». Rien de très compatible avec une ligne centriste soigneusement équilibrée.
L’irruption tardive de TikTok
Face à ce décalage, les Jeunes Horizons s’activent. Distribution de kits militants, présence dans les universités, dans les bars, sur les plages, et même dans les festivals. Une stratégie omniprésente, presque frénétique.
Et surtout, un mot revient comme une incantation : TikTok.
Le problème, c’est que sur ce terrain, la concurrence est déjà solidement installée. Jordan Bardella et Jean-Luc Mélenchon cumulent des millions d’abonnés. Philippe, lui, hésite encore à franchir le pas. Ses proches le poussent. Lui résiste. Il ne va pas « manger des bonbons devant la caméra », dit-on dans son entourage.
On comprend : il s’agit tout de même de préserver une certaine idée de la dignité.
La « nuance » contre la « polarisation »
C’est sans doute là que se joue le cœur du problème. Philippe revendique la nuance dans un paysage politique qui récompense la simplification brutale. Il propose des équilibres là où ses adversaires offrent des slogans.
Résultat : dans un univers dominé par l’instantané et le spectaculaire, la nuance passe pour de l’indécision, et la prudence pour de la tiédeur.
Même son propre camp en est conscient. Les jeunes militants tentent d’infléchir le discours, d’introduire des thèmes comme la « justice intergénérationnelle », tout en évitant soigneusement d’ouvrir une guerre des âges. Un exercice d’équilibriste, là encore.
Le pari du second tour
Ironie supplémentaire : malgré ce retard chez les jeunes, certains scénarios le donnent gagnant au second tour, notamment face à un candidat du RN. Grâce, notamment, à un réflexe de rejet qui pousserait une partie de la jeunesse à voter pour lui.
Autrement dit, il pourrait perdre les jeunes au premier tour… et compter sur eux au second.
Une stratégie qui tient davantage du paradoxe que du plan de campagne.
Reste à savoir si, d’ici là, quelques vidéos TikTok suffiront à combler un fossé générationnel que plusieurs années de décalage politique ont largement creusé.
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