L’Italie s’engage à nouveau sur la voie du nucléaire, sous l’impulsion de Giorgia Meloni, dans un contexte marqué par la flambée des prix de l’énergie et une dépendance structurelle aux importations. Le gouvernement italien entend diversifier ses sources d’approvisionnement et renforcer sa souveraineté énergétique, en combinant développement des renouvelables et retour à l’atome civil.
Cette orientation n’a rien d’anecdotique : aujourd’hui encore, une part significative de l’électricité consommée en Italie provient indirectement du nucléaire… mais produit à l’étranger, notamment en France et en Suisse. Une situation paradoxale que Rome souhaite désormais corriger.
Un pays marqué par les renoncements passés
L’Italie n’en est pas à son premier tournant énergétique. Après avoir exploité plusieurs centrales nucléaires dans les années 1960 et 1970, le pays avait brutalement tourné le dos à cette technologie à la suite de la catastrophe de Tchernobyl, entérinant ce choix par référendum en 1987.
Une tentative de relance dans les années 2000, sous Silvio Berlusconi, avait elle aussi échoué après Fukushima, les électeurs rejetant massivement le projet en 2011. Pendant plus d’une décennie, la question nucléaire était ainsi restée politiquement marginale.
La guerre en Ukraine et la crise énergétique qui s’en est suivie ont profondément rebattu les cartes. La dépendance au gaz, notamment russe, est apparue comme une vulnérabilité stratégique majeure, poussant les autorités italiennes à revoir leur doctrine.
Une stratégie industrielle tournée vers les réacteurs du futur
Le projet porté par l’exécutif italien repose en grande partie sur les petits réacteurs modulaires, les SMR, considérés comme plus flexibles, plus rapides à déployer et potentiellement moins coûteux que les centrales classiques. Une société dédiée, Nuclitalia, a été créée pour structurer cette ambition, réunissant de grands acteurs industriels du pays.
À horizon 2050, l’objectif affiché est ambitieux : construire une vingtaine de réacteurs afin de répondre à une demande énergétique appelée à croître fortement.
Cette stratégie s’inscrit dans une dynamique européenne plus large, où le nucléaire a été réintégré dans la taxonomie verte comme énergie contribuant à la transition, sous certaines conditions.
Des obstacles réels mais surmontables
Le chemin reste toutefois semé d’embûches. L’Italie ne dispose pas encore d’un site opérationnel pour le stockage de ses déchets nucléaires, une exigence pourtant essentielle au regard des règles européennes. Par ailleurs, les technologies SMR, bien que prometteuses, en sont encore largement au stade du développement industriel.
Les questions de coûts et d’acceptabilité sociale demeurent également centrales : convaincre les populations locales d’accueillir de nouvelles installations ne sera pas une tâche aisée.
Un choix politique assumé
Malgré ces défis, la décision de Giorgia Meloni marque une rupture nette avec des décennies d’hésitations. Elle traduit une volonté de replacer l’Italie dans le camp des nations qui considèrent le nucléaire comme un levier stratégique, à la fois économique, industriel et géopolitique.
Dans un contexte international incertain, où l’énergie est redevenue un instrument de puissance, ce repositionnement apparaît comme un choix de réalisme.
L’Italie, longtemps spectatrice, entend désormais redevenir actrice de son destin énergétique.
L'actualité internationale et les enjeux géopolitiques ont une grande influence sur la vie des Français. Pour cette raison, le Journal des Français fournit à ses lecteurs une relation et une analyse des événements internationaux les plus importants.
Vous lisez cet article parce qu'il est d'accès entièrement gratuit, offert à tous les lecteurs. D'autres articles sont réservés à nos abonnés.
En choisissant de vous abonner, vous permettez à la presse non-subventionnée d'exister et de vous informer avec un regard libre sur les événements internationaux.
5€/mois — petits revenus
7€/mois
RecommandéAccès abonnés :
- ✓Lecture de tous nos contenus réservés aux abonnés
- ✓Possibilité de commenter tous nos articles
- ✓Gestion de votre abonnement en un clic


