Iran : le retour du roi ?

Photo : OpenVerse

Depuis plusieurs jours, l’Iran bruisse d’un slogan que l’on croyait relégué aux livres d’histoire : « Longue vie au chah ! ». Dans les rues de Téhéran, sur les places de province, jusque dans certaines villes réputées acquises au régime, la contestation change de nature, de ton et d’horizon.

Une colère qui ne veut plus de réformes

Au départ, il y a l’économie. Une inflation qui dépasse l’entendement, une monnaie en chute libre, des salaires rongés jusqu’à l’os. Puis la répression, devenue réflexe pavlovien d’un pouvoir à bout d’arguments. Mais très vite, le mouvement a franchi un seuil : les manifestants ne réclament plus des ajustements, ils réclament la fin du système.


Les slogans sont sans équivoque : « Mort au dictateur », « À bas la République islamique ». Et désormais, plus surprenant encore, l’évocation assumée d’un avant 1979 que la propagande officielle s’est acharnée à diaboliser pendant quarante-cinq ans.

Quand le passé devient une promesse

Entendre des Iraniens scander le nom du chah n’est pas un détail folklorique. C’est un symptôme politique lourd. La monarchie, honnie par les mollahs comme incarnation du péché occidental, réapparaît dans l’imaginaire collectif comme une alternative possible, sinon idéale, du moins respirable.

Pour une partie de la population, notamment urbaine et jeune, le souvenir transmis n’est pas celui d’un absolutisme caricatural, mais celui d’un État laïc, ouvert, souverain, fier de son histoire millénaire. Une Iranie tournée vers la modernité sans reniement de son identité.

La dynastie Pahlavi en filigrane

Reza PAHLAVI, héritier du trône d’Iran

Reza Pahlavi, fils du dernier chah, vit en exil depuis la révolution islamique. Longtemps marginalisé, il voit aujourd’hui son nom revenir dans les conversations, sur les réseaux sociaux, dans les graffitis nocturnes. Sans organisation partisane, sans milice, sans armée, mais avec une force symbolique intacte : celle de l’héritier.

Il ne s’agit pas, pour l’instant, d’un programme politique structuré. Plutôt d’un réflexe historique : quand tout s’effondre, certains peuples se tournent vers ce qui a tenu debout avant la rupture.

Une monarchie comme point de rassemblement ?

Dans un pays fracturé par des décennies de théocratie, la monarchie pourrait jouer un rôle paradoxal : celui d’un arbitre au-dessus des clans, d’un symbole d’unité nationale plutôt que d’un pouvoir idéologique. C’est précisément ce que redoutent les autorités actuelles.

Car derrière le slogan « Longue vie au chah », ce n’est pas seulement un homme qui est invoqué, mais une autre idée de l’État, du temps long, de la continuité, à rebours de la brutalité révolutionnaire et du présent perpétuellement sous tension imposé par les mollahs.

Le régime face à un spectre qu’il ne maîtrise plus

La République islamique sait réprimer des manifestations sociales. Elle sait aussi instrumentaliser l’anti-américanisme ou l’anti-israélisme. Mais elle est beaucoup plus démunie face à un imaginaire monarchique qui échappe à ses catégories.

On ne combat pas un souvenir au fusil, ni une nostalgie à coups de slogans religieux, surtout lorsque ceux-ci ne font plus vibrer grand monde.

L’Iran n’en est pas encore à un retour du roi, mais le simple fait que la question soit désormais posée dans la rue dit déjà beaucoup sur l’ampleur de la faillite du régime en place.

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