Iran : la contestation étudiante reprend dans les universités malgré la sanglante répression

Manifestants exhibant le drapeau du Royaume d'Iran

Depuis la rentrée du second semestre universitaire, les universités iraniennes connaissent un regain visible de mobilisation. Plus de quarante jours après la répression particulièrement violente des manifestations de janvier, des étudiants multiplient sit-in, rassemblements et actions symboliques contre le pouvoir.

La reprise des cours, le 21 février, a servi de déclencheur. Sur plusieurs campus de Téhéran — mais aussi dans d’autres villes, notamment Machhad — amphithéâtres, halls et espaces extérieurs sont investis par des groupes d’étudiants venus exprimer leur colère, leur sidération et leur détermination à poursuivre la contestation.

Une mobilisation nourrie par la mémoire des victimes

La mobilisation actuelle s’inscrit dans la continuité directe des événements de janvier, décrits comme l’une des répressions les plus meurtrières de ces dernières années. Les rassemblements ont souvent une dimension commémorative : hommages aux victimes, photos brandies, slogans évoquant les morts.

Dans certaines universités, des cérémonies ont été organisées pour honorer des étudiants tués. Des slogans tels que « Le sang versé ne peut être effacé » ou encore « Pour chaque personne tuée, mille autres se lèvent » ont été scandés, illustrant une logique de mobilisation fondée sur la mémoire et la solidarité.

Les étudiants affirment que la violence n’a pas dissuadé la contestation, certains déclarant publiquement que « les balles, les chars et les armes n’ont plus d’effet ».

Des formes de protestation variées et visibles

La contestation prend des formes multiples. Des sit-in sont organisés sur les campus, des slogans sont criés collectivement et des actions symboliques sont menées, notamment par des étudiantes.

Certaines manifestations ont consisté à brûler le drapeau officiel de la République islamique ou à brandir le drapeau historique iranien au lion et au soleil. D’autres rassemblements ont été marqués par l’absence du voile obligatoire, geste hautement politique dans le contexte iranien.

Le slogan « Femme, Vie, Liberté », emblématique du mouvement déclenché après la mort de Mahsa Amini en 2022, réapparaît régulièrement, signe d’une continuité entre les différentes vagues de protestation.

Une contestation sous forte pression sécuritaire

Cette reprise s’effectue dans un climat de surveillance et de risque élevé. Les miliciens bassidjis et les forces liées au régime restent présents sur les campus et peuvent intervenir contre les protestataires.

Des rumeurs d’arrestations et de nouvelles opérations répressives circulent, alimentant un climat d’incertitude. Selon plusieurs témoignages cités par nos confrères du Figaro, la contestation demeure néanmoins active malgré les menaces.

Parallèlement, le contexte international — notamment les tensions avec les États-Unis — contribue à accentuer la pression politique sur le régime, ce qui pourrait influencer l’évolution de la situation intérieure.

Une rupture générationnelle de plus en plus marquée

Pour plusieurs observateurs, le mouvement étudiant traduit une rupture profonde entre une partie de la jeunesse et le pouvoir. Les images de protestations sans voile, les slogans radicaux ou encore les gestes symboliques contre les institutions illustrent cette fracture.

La contestation ne se limite plus à des revendications ponctuelles : elle exprime une remise en cause plus globale du système politique, de la présence sécuritaire dans les universités et du contrôle idéologique exercé sur l’enseignement.

Des communiqués publiés par des collectifs étudiants dénoncent notamment la restriction de la liberté académique, l’influence croissante des gardiens de la révolution sur les campus et la détention d’étudiants arrêtés lors des manifestations.

Une évolution du discours et des références politiques

Autre évolution notable : l’apparition de slogans favorables à certaines figures de l’opposition, y compris l’ancien chah, jusque-là relativement absent des mobilisations universitaires. Cette diversification des références politiques reflète un élargissement du spectre contestataire.

Certains étudiants évoquent ouvertement leur rejet du système actuel et expriment l’idée qu’un changement politique profond serait désormais nécessaire. La contestation s’exprime également en dehors des campus, par des graffitis, des slogans nocturnes ou des rassemblements liés aux rituels de deuil.

Les universités restent ainsi un espace central de mobilisation, mais aussi un baromètre de l’évolution politique et sociale du pays.

Une nouvelle phase de contestation étudiante semble s’installer en Iran, portée par la mémoire des victimes, une défiance durable envers le régime et la volonté d’une partie de la jeunesse de poursuivre la mobilisation malgré les risques.

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