Interdire le voile aux mineures dans l’espace public ? Le sujet est brûlant, il heurte, il divise, il oblige à choisir. Et c’est bien là le problème : choisir, à Paris, c’est devenu vulgaire. On préfère l’entre-deux, le tiède, le « on verra ». Résultat : au lieu d’assumer une ligne, le gouvernement a opté pour la formule magique des temps macroniens : l’ »avis de sagesse ». Ni favorable, ni défavorable. Traduction : ne nous demandez surtout pas de gouverner.
Cette posture est d’autant plus savoureuse qu’elle vient accompagner une proposition de loi portée à l’Assemblée et défendue par le député Patrick Hetzel, visant à interdire le « voilement des mineures » dans l’espace public.
Nuñez redoute la « stigmatisation », Bergé invoque la protection
En coulisses, deux réflexes se sont affrontés. D’un côté, Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, qui explique ne pas être favorable à une mesure jugée « trop stigmatisante ».
De l’autre, Aurore Bergé, ministre chargée de l’Égalité femmes-hommes, qui met en avant la protection des enfants.
Et Matignon, dans un bel élan de fermeté, a tranché : Bergé parlera… mais sans dire oui, ni non. L’État se veut arbitre, alors qu’on lui demande d’être bouclier.
L’ »avis de sagesse », ce vaccin contre le courage
On pourrait croire à une subtilité parlementaire. En réalité, c’est une stratégie de survie : éviter de froisser tout le monde, donc finir par ne défendre personne.
Car enfin, de quoi parle-t-on ? D’un symbole religieux, oui. Mais surtout d’un marqueur social, d’un instrument d’emprise, parfois d’un signal d’appartenance imposée très tôt — bref, d’un sujet qui touche à l’autorité parentale, à la pression communautaire, et à la place de la jeune fille dans l’espace commun.
Le texte, lui, vise précisément les adultes : il entend interdire aux parents « d’imposer ou autoriser » le port d’une tenue couvrant la chevelure pour une mineure dans l’espace public.
Ce qui, soit dit en passant, est une manière de rappeler une évidence devenue suspecte : une enfant n’est pas un étendard.
Et puis… le texte n’a même pas été examiné
Cerise sur le gâteau : la proposition de loi n’a pas été examinée dans l’hémicycle le jeudi 22 janvier, faute de temps, placée trop loin dans l’ordre du jour de la « niche » parlementaire.
C’est pratique : pas besoin de défendre une position quand le sujet n’arrive même pas à l’écran. Le gouvernement peut se vanter d’avoir été « équilibré », sans jamais se confronter au réel.
La France officielle se demande encore si une fillette est libre
Le drame, dans cette histoire, ce n’est pas qu’un ministre craigne la « stigmatisation ». C’est que la République en soit réduite à trembler devant sa propre ombre, alors qu’elle prétend émanciper.
À force de ne pas vouloir « cliver », on laisse le terrain aux plus déterminés — et ce sont rarement les plus doux.
Parce qu’au fond, la question est simple : quand une gamine de 13 ans sort voilée, qui protège-t-on… l’enfant, ou le système qui la contraint ?

