Le groupe Safran annonce un investissement de 150 millions d’euros pour équiper son site de Gennevilliers d’une nouvelle presse de forge d’une puissance de 30.000 tonnes. Cet équipement, attendu à l’horizon 2029, sera dédié à la fabrication de pièces critiques destinées aux moteurs d’avions civils et militaires.
Ce projet s’inscrit dans une logique clairement assumée de souveraineté industrielle. L’objectif est de maîtriser l’ensemble de la chaîne de production de composants stratégiques, notamment les pièces tournantes comme les disques et arbres de turbine, soumises à des contraintes extrêmes en vol.
Un site historique au cœur de la stratégie
Le site de Gennevilliers, situé en région parisienne, occupe une place particulière dans l’histoire du groupe. C’est là qu’ont débuté, il y a plus d’un siècle, les activités liées aux moteurs d’avion. Aujourd’hui encore, il concentre des savoir-faire essentiels comme la forge et la fonderie.
Avec cet investissement, Safran renforce un site qui compte déjà environ 1.300 salariés. L’extension de ses capacités s’accompagnera d’un plan de recrutement progressif : environ 130 emplois seront créés dès 2026, puis une centaine supplémentaire en 2027. La technicité des métiers impose des formations longues, d’environ dix-huit mois.

Réduire la dépendance aux acteurs étrangers
L’un des enjeux majeurs de cet investissement réside dans la réduction de la dépendance aux fournisseurs étrangers. Le secteur de la forge aéronautique est dominé par quelques groupes américains, formant un quasi-oligopole.
Safran a donc engagé depuis plusieurs années une stratégie d’intégration verticale. Celle-ci comprend notamment l’extension du site du Creusot, la construction d’une nouvelle fonderie près de Rennes et le soutien à une forge à Pamiers via Aubert & Duval, entreprise reprise en 2023 avec Airbus et Tikehau Capital.
Cette politique vise à sécuriser les approvisionnements et à éviter les ruptures dans un contexte international jugé instable.
Une maîtrise complète du processus industriel
Safran met en avant un modèle intégré, allant du traitement des matières premières jusqu’au contrôle qualité final. Cette maîtrise complète constitue un avantage stratégique, notamment pour garantir la fiabilité des pièces.
Les exigences sont particulièrement élevées : les pièces forgées doivent présenter une qualité métallurgique irréprochable, car toute défaillance peut compromettre la sécurité des vols. Le taux d’incident évoqué par le groupe est inférieur à un pour un milliard de vols.
Le contrôle qualité, souvent externalisé chez certains concurrents, est ici internalisé, ce qui permet un suivi plus précis et une meilleure optimisation des procédés.
Un levier pour accompagner la hausse des cadences
Cet investissement intervient dans un contexte de forte montée en cadence de la production aéronautique. Safran doit répondre à la demande croissante liée aux programmes Airbus A320neo, Boeing 737 Max et au Rafale.
Les chiffres annoncés illustrent cette dynamique : la production du moteur M88, utilisé sur le Rafale, doit passer de 71 unités en 2025 à 108 en 2026. Le moteur Leap, qui équipe une large part des avions moyen-courriers, devrait atteindre 2.600 unités produites en 2028 contre 1.800 en 2025.
À terme, la charge de travail du site de Gennevilliers devrait doubler d’ici 2035. La nouvelle presse permettra de produire jusqu’à 14.000 pièces critiques par an à pleine capacité.
Préparer les moteurs du futur
Au-delà des besoins actuels, Safran anticipe également les évolutions technologiques à venir. La nouvelle forge sera utilisée pour produire des composants destinés aux futurs moteurs issus du programme RISE, ainsi qu’à des versions améliorées de moteurs militaires.
Ces nouvelles générations nécessitent des pièces plus grandes, plus résistantes et capables de supporter des vitesses de rotation supérieures. D’où le choix d’un équipement de très forte puissance, venant compléter les installations existantes, notamment une presse de 4.000 tonnes en service depuis les années 1960.
Cet investissement marque une étape supplémentaire dans la stratégie de Safran visant à consolider son autonomie industrielle tout en se positionnant sur les prochaines générations de moteurs aéronautiques.


