Les députés ont adopté en commission une proposition de loi visant à limiter le droit de grève dans les transports durant certaines périodes sensibles de l’année. Une décision présentée comme technique, presque anodine. Elle est en réalité politique, profondément politique.
Car derrière ce texte se cache une vérité que la classe dirigeante refuse d’assumer depuis des décennies : le droit de grève, tel qu’il est pratiqué en France, ne protège plus les travailleurs. Il sert d’arme de pression permanente contre la population.
Le pays paralysé comme mode de gouvernance
Vacances scolaires, ponts de mai, élections, grands événements, examens nationaux : il suffit d’un préavis pour que tout s’arrête. Des millions de Français découvrent au dernier moment que leur train n’existe plus, que leur correspondance est supprimée, que leur emploi du temps est réduit à néant.
Le scénario est connu, répété, presque ritualisé. Les syndicats annoncent, l’État temporise, les usagers subissent.
La proposition adoptée prévoit jusqu’à trente jours par an durant lesquels certaines catégories de personnels indispensables ne pourraient plus cesser le travail. Trente jours sur trois cent soixante-cinq. Autrement dit : une concession microscopique.
Un texte minimaliste, presque honteux
Le gouvernement et ses soutiens parlent de « compromis ». En réalité, il s’agit d’un aveu de faiblesse.
Six heures maximum de grève par jour. Sept jours consécutifs au plus. Déclaration préalable allongée de 48 à 72 heures. On est loin d’une remise à plat.
Même l’aérien est exclu du dispositif, comme si les contrôleurs n’avaient jamais pris le pays en otage un week-end de départ en vacances.
Ce que l’on présente comme une avancée relève davantage de la rustine juridique que de la réforme structurelle.
L’indignation automatique de la gauche
Sans surprise, la gauche parlementaire a dénoncé une « atteinte grave à un droit constitutionnel », une « dérive autoritaire », une « ligne rouge franchie ».
Jamais, en revanche, un mot pour la caissière qui ne peut rejoindre son poste. Pour l’infirmière coincée à quai. Pour le père de famille bloqué à 400 kilomètres de ses enfants. Pour l’étudiant qui rate un concours parce qu’un syndicat a décidé que la France devait s’arrêter.
Dans ce débat, il existe toujours des droits sacrés, et toujours les mêmes sacrifiés.
Le grand angle mort : la liberté de circuler
La liberté d’aller et venir est pourtant elle aussi constitutionnelle. Mais elle n’a droit à aucune tribune, aucun slogan, aucune banderole.
On a sacralisé un droit corporatiste au point d’écraser tous les autres. Résultat : un pays qui fonctionne sous menace permanente, une économie fragilisée, une population exaspérée, et un État qui négocie chaque départ en vacances comme une crise diplomatique.
Limiter marginalement le droit de grève dans les transports ne relève pas du scandale démocratique, mais de l’instinct de survie collectif.
Reste à savoir si ce timide sursaut marque le début d’un rééquilibrage… ou s’il ne s’agit que d’un geste symbolique destiné à donner l’illusion que quelqu’un tient encore le volant.


