Les personnels de Radio France sont appelés à cesser le travail dimanche 13 et lundi 14 septembre pour s’opposer à la présence de Charles Sapin sur France Inter. Directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, l’éditorialiste est accusé par les syndicats de porter des idées de droite nationale.
L’intersyndicale (CFDT, CGT, FO, SNJ, SUD et Unsa) invite aussi les auditeurs à se rassembler dimanche à 14 heures devant la Maison de la radio, siège du groupe public à Paris. Les perturbations liées au mouvement devraient être plus marquées lundi, le dimanche comptant moins d’émissions en direct.
Charles Sapin, passé par l’hebdomadaire Le Point, a pris cet été les fonctions de directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles. Il anime depuis le 30 août une chronique politique de quelques minutes, le dimanche matin vers 7 h 40, sur France Inter.
La direction invoque le pluralisme à l’approche de l’élection présidentielle. Le recrutement a d’emblée suscité une opposition. Les personnels ont adopté le 2 septembre une motion de « refus catégorique », jugeant le magazine « pas compatible » avec le service public.
Valeurs actuelles, qui se revendique conservateur, a été condamné à plusieurs reprises en justice, notamment pour avoir représenté en esclave l’élue La France insoumise Danièle Obono en 2020, alors que Geoffroy Lejeune en était le directeur. Les syndicats mettent également en cause la présence, parmi les actionnaires, du milliardaire Pierre-Edouard Stérin, proche de la droite nationale.
Dans une tribune publiée samedi, 300 personnalités ont qualifié ce recrutement de « révoltant ». Parmi les signataires figurent les comédiennes Julie Gayet, Ariane Ascaride et Corinne Masiero, la chanteuse Lio ainsi que la lauréate du prix Nobel de littérature Annie Ernaux.
Interrogée jeudi à l’antenne par la médiatrice de Radio France, la directrice de France Inter, Céline Pigalle, a défendu le choix au nom d’un pluralisme qu’elle juge « fondamental » pour une radio publique. Elle a cité l’arrivée d’autres éditorialistes venus du Nouvel Obs, d’Alternatives économiques ou du Financial Times. Charles Sapin, a-t-elle indiqué, lui a assuré être entré à Valeurs actuelles « pour en changer la ligne éditoriale ». « Je crois que je peux avoir confiance en lui pour ne pas mettre l’antenne de France Inter en danger », a déclaré Céline Pigalle.
L’affaire a pris une tournure politique à quelques mois de la présidentielle. Début septembre, Jean-Luc Mélenchon (LFI) a dénoncé une « colonisation par les fachos », tandis que Bruno Retailleau (LR) a fustigé le « sectarisme des rédactions de Radio France ».
Les syndicats de France Télévisions ont aussi contesté l’arrivée de Charles Sapin sur la chaîne franceinfo.
Depuis la rentrée 2025, la question du pluralisme dans l’audiovisuel public reste vive. Des accusations de partialité en faveur de la gauche avaient conduit l’an dernier l’UDR, parti allié au Rassemblement national, à créer une commission d’enquête parlementaire.



