Vendredi 9 octobre, les personnels des neuf quotidiens régionaux d’Ebra, groupe détenu par le Crédit Mutuel, se sont mis en grève pour contester un projet de suppressions d’emplois et l’usage renforcé de l’intelligence artificielle en rédaction.
Agnès Briançon, co-secrétaire générale nationale du Syndicat national des journalistes (SNJ), a confié à l’AFP qu’environ 67 % des salariés de l’ensemble des titres avaient cessé le travail. La direction, elle, n’a fourni aucun chiffre de participation.
Dans la matinée, des rassemblements ont eu lieu : une centaine de salariés se sont retrouvés devant le siège strasbourgeois du Crédit Mutuel ; à Besançon, des tracts ont été diffusés dans les rues. Les pancartes arboraient notamment « Info menacée, démocratie en danger » et « Ebracadabra, demain un journal fait à l’IA ».
Le portefeuille d’Ebra regroupe L’Alsace, Les Dernières nouvelles d’Alsace, Vosges Matin, Le Républicain lorrain, L’Est républicain, Le Progrès, Le Journal de Saône-et-Loire, Le Bien public et Le Dauphiné libéré. Ces neuf titres rayonnent sur 23 départements au total.
Éric Barbier, délégué syndical SNJ à L’Est républicain, a qualifié auprès de l’AFP ce mouvement de « complètement inédit », qui concerne la totalité des journaux du groupe. La contestation vise un plan de départs volontaires, dévoilé fin juin, qui pourrait concerner jusqu’à 400 postes sur près de 3 200 salariés. En une décennie, les ventes au numéro et les abonnements du groupe ont été réduits de moitié.
Selon M. Barbier, ce projet représente « une atteinte directe à la qualité de l’information » et une agression du « métier de journaliste ». Les syndicats affirment qu’un tiers des postes de secrétaires de rédaction — notamment chargés de la mise en page — doit disparaître, l’IA étant « massivement » mobilisée pour assister les journalistes demeurant sur ces fonctions.
Interrogée par l’AFP, la direction d’Ebra a déclaré vendredi « prendre acte de la mobilisation de ce jour » et mesurer « les inquiétudes exprimées ». Elle a de nouveau souligné : « Le plan repose exclusivement sur le volontariat : aucun départ ne sera contraint ». À ses yeux, « les outils d’intelligence artificielle sont conçus pour faciliter le travail des rédactions, non pour les remplacer ».
Jean-Frédéric Tuefferd, représentant syndical SNJ-CGT aux Dernières nouvelles d’Alsace, a pour sa part assuré à l’AFP : « Les tests qui nous ont été montrés récemment ne sont pas concluants du tout ».
Les discussions entre la direction et les instances du personnel s’achèveront le 2 novembre. Marie-Sophie Kormann, journaliste aux DNA, secrétaire du CSE et déléguée syndicale SNJ, explique que le rassemblement devant le Crédit Mutuel avait aussi pour but que « notre actionnaire soit un peu impliqué parce qu’on ne l’a pas beaucoup entendu » jusqu’à présent.
À l’image de la plupart des titres de presse, les journaux d’Ebra font face au recul de la diffusion papier et à la diminution des recettes publicitaires. En 2025, la perte opérationnelle du groupe a franchi le seuil de 10 millions d’euros.


