Gérald Darmanin : « Pas de vacances » pour les magistrats jusqu’au bilan complet des 70 000 dossiers enfants

Capture TF1

Face à l’émotion nationale suscitée par la mort de Lyhanna, 11 ans, violée et assassinée dans le Gers, Gérald Darmanin, ministre de la Justice, a annoncé dimanche 7 juin une mesure d’ampleur. Il ordonne aux procureurs généraux de reprendre « l’intégralité des plaintes qui touchent les enfants », soit environ 70 000 dossiers, d’ici au 14 juillet. Cette initiative intervient après la reconnaissance de « défaillances graves » dans le traitement de l’affaire Lyhanna par les services de gendarmerie et de justice.

Le principal suspect, Jérôme B., faisait l’objet de plusieurs signalements et plaintes pour viols sur mineurs. Certaines avaient été classées sans suite, tandis qu’une plainte récente n’avait pas été traitée avec la priorité requise : le suspect n’avait pas été entendu plusieurs mois après le dépôt de plainte. Ce drame, évitable selon de nombreux observateurs, a révélé des dysfonctionnements profonds dans la chaîne pénale.

Une mobilisation exceptionnelle annoncée par le ministre

Sur LCI, Gérald Darmanin a été très direct : « Il y a eu des défaillances graves » dans cette affaire. Il s’appuie sur les remontées de ses procureurs généraux pour justifier une réaction forte. Dès lundi matin, il réunit à la Chancellerie l’ensemble des procureurs généraux. L’objectif est clair : faire le point dossier par dossier et exiger des résultats rapides.

« Je ne partirai pas en vacances et il n’y a pas un haut magistrat qui va partir en vacances tant que je n’aurai pas reçu un par un les procureurs généraux pour faire le bilan », a-t-il martelé. Cette posture traduit une volonté affichée de mettre la justice sous pression pendant la période estivale, habituellement plus calme.

Le ministre a également annoncé qu’une inspection générale est en cours. Son rapport sera rendu public « sous quinze jours » et identifiera les responsabilités. « Des sanctions sont possibles et prévues par la Constitution », a-t-il rappelé, précisant qu’en tant que garde des Sceaux il peut proposer des sanctions à l’encontre des magistrats du parquet, y compris la révocation. « Et si cela mérite la révocation, je proposerai la révocation », a-t-il insisté.

Une plainte « non priorisée » au cœur du scandale

Darmanin a détaillé les manquements constatés dans l’affaire Lyhanna. Selon lui, la plainte pour viol sur mineure n’a pas été traitée comme une urgence absolue : « On n’a pas compris, ni à la gendarmerie ni sans doute dans la magistrature concernée, que quand il y a un viol sur enfant, c’est urgence absolue et qu’on devrait commencer par entendre la personne qui est accusée. »

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large. Le ministre avait pourtant adressé aux parquets des instructions claires pour prioriser les violences faites aux femmes et aux enfants. Manifestement, ces consignes n’ont pas été suivies partout avec la rigueur nécessaire. Le cas de Jérôme B. concentre plusieurs dysfonctionnements déjà évoqués dans d’autres articles : lenteurs, manque de coordination entre services, et absence de priorisation des dossiers les plus graves.

Un audit massif pour éviter de nouveaux drames

La revue des 70 000 plaintes représente un chantier considérable. Elle concerne l’ensemble des dossiers actifs ou récents impliquant des mineurs victimes de violences, agressions sexuelles ou autres infractions graves. L’objectif est double :

  • Identifier les dossiers en souffrance ou insuffisamment traités.
  • Tirer les leçons systémiques de l’affaire Lyhanna pour améliorer le suivi et la réactivité de la justice.

Cette mesure intervient après une série de révélations sur les antécédents du suspect et les ratés successifs (signalements ignorés, plaintes classées, absence d’audition rapide). Elle fait écho aux critiques formulées par Bruno Retailleau, qui a appelé à une réforme plus structurelle avec la création d’une cour disciplinaire de la magistrature.

Darmanin insiste sur le fait que la justice doit désormais traiter ces affaires avec une priorité absolue. Il reconnaît implicitement que, dans le cas Lyhanna, la plainte n’a pas bénéficié de cette urgence, contribuant à la tragédie.

Vers une justice plus protectrice des enfants ?

Cette opération de grande ampleur permettra-t-elle de restaurer la confiance ? Les prochains jours seront décisifs. Le rapport d’inspection attendu dans quinze jours devrait éclairer les responsabilités précises dans l’affaire Lyhanna. Les sanctions éventuelles (blâme, mutation, révocation) enverront un signal fort à l’ensemble de l’institution judiciaire.

Pour autant, de nombreuses voix, à droite comme au sein du Rassemblement National, estiment que des mesures ponctuelles ne suffiront pas. Elles appellent à des réformes structurelles : renforcement des moyens, simplification des procédures, responsabilité accrue des magistrats et une meilleure coordination entre gendarmerie, police et parquet.

L’affaire Lyhanna a mis en lumière une réalité douloureuse : malgré les discours et les circulaires, la protection effective des enfants les plus vulnérables reste insuffisante. La revue des 70 000 dossiers doit être le début d’un changement profond, et non une opération de communication.

Les Français attendent des résultats concrets : plus de priorisation réelle, moins de classements hâtifs, et une justice qui protège d’abord les innocents plutôt que de ménager les suspects multirécidivistes.

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