À l’occasion de la présentation des résultats annuels de LVMH pour l’exercice 2025, Bernard Arnault a vivement critiqué la politique fiscale française. Devant les analystes et la presse économique, le président-directeur général du premier groupe mondial du luxe a déclaré que la France cherchait à « taxer au maximum » les entreprises, estimant que cette orientation traduisait une attitude globalement défavorable au monde économique.
Ces propos s’inscrivent dans un contexte précis : la publication de comptes marqués par un recul significatif des performances financières du groupe, dans un environnement international déjà jugé instable par la direction.
Des résultats financiers en baisse pour LVMH en 2025
LVMH a annoncé un bénéfice net de 10,9 milliards d’euros pour l’année 2025, soit une diminution de 13 % par rapport à l’exercice précédent. Le chiffre d’affaires atteint 80,8 milliards d’euros, en recul de 5 % sur un an.
Cette contraction intervient après plusieurs années de forte croissance du secteur du luxe, portée notamment par la demande asiatique et américaine. En 2025, plusieurs facteurs ont pesé sur l’activité du groupe :
- le ralentissement de certains marchés asiatiques, en particulier la Chine
- des effets de change défavorables liés à la volatilité des monnaies
- une hausse générale des coûts de production et de logistique
- les tensions commerciales internationales, notamment les mesures protectionnistes relancées par les États-Unis
La surtaxe exceptionnelle sur les grandes entreprises
Au cœur des critiques de Bernard Arnault figure la surtaxe exceptionnelle instaurée en 2025 sur les bénéfices des grandes entreprises françaises. Cette mesure avait été adoptée dans le cadre du redressement des finances publiques, avec pour objectif affiché de contribuer à la réduction du déficit budgétaire.
Initialement présentée comme temporaire, cette contribution devait être allégée en 2026. Or, lors de l’examen du budget 2026, le gouvernement a décidé de maintenir le dispositif à un niveau identique, sous la pression de plusieurs groupes parlementaires de gauche favorables à une taxation accrue des grands groupes.
Pour LVMH, cette surtaxe représente plusieurs centaines de millions d’euros de charges supplémentaires, venant directement réduire le résultat net distribuable.
Les arguments économiques avancés par Bernard Arnault
Le dirigeant de LVMH a développé plusieurs axes d’argumentation pour justifier sa critique.
Il a d’abord évoqué le poids global de la fiscalité pesant sur les entreprises françaises, rappelant que certains impôts de production, pourtant promis à une suppression progressive, demeurent en place.
Il a ensuite insisté sur l’effet dissuasif de cette politique pour l’investissement productif, estimant que l’alourdissement de la fiscalité réduit la capacité des entreprises à financer de nouveaux projets industriels, à moderniser leurs outils de production et à recruter.
Selon lui, cette situation contribuerait mécaniquement à la dégradation du marché du travail, la pression fiscale étant présentée comme un facteur indirect de destruction d’emplois ou de non-création de postes.
Une critique déjà formulée les années précédentes
Ces déclarations de janvier 2026 ne constituent pas une rupture. Dès 2025, Bernard Arnault avait dénoncé la surtaxe exceptionnelle en la comparant à une forme de « taxation du made in France », estimant qu’elle encourageait les groupes internationaux à localiser leurs investissements hors du territoire national.
À plusieurs reprises au cours des dernières années, le dirigeant a souligné que LVMH réalise une part très majoritaire de ses ventes à l’étranger, tout en conservant une part importante de sa production en France, notamment dans la maroquinerie, la parfumerie et les vins et spiritueux.
Selon lui, le maintien d’une base industrielle française forte devient plus difficile lorsque le cadre fiscal est perçu comme moins favorable que celui de pays concurrents.
Le contexte budgétaire français
Le maintien de la surtaxe s’inscrit dans une situation budgétaire tendue. Le déficit public français reste supérieur aux objectifs européens, tandis que la dette publique continue de progresser.
Le gouvernement justifie ces prélèvements exceptionnels par la nécessité de préserver les services publics et de financer certaines priorités, notamment la transition énergétique, la défense et la protection sociale.
D’après les projections officielles, la contribution des grandes entreprises représente une source de recettes non négligeable à court terme, même si son rendement exact demeure sensible aux variations conjoncturelles.
Un débat récurrent entre État et grandes entreprises
Les déclarations de Bernard Arnault s’insèrent dans un débat ancien en France sur l’équilibre entre financement public et compétitivité économique.
Les gouvernements successifs cherchent à concilier attractivité du territoire, justice fiscale et équilibre budgétaire, tandis que les grands groupes mettent en avant la concurrence internationale et la mobilité des capitaux.
Ce désaccord structurel ressurgit régulièrement lors des périodes de ralentissement économique, lorsque la pression sur les recettes publiques s’intensifie et que les entreprises voient leurs marges se réduire.
La confrontation entre logique budgétaire étatique et impératifs de compétitivité privée demeure l’un des points de tension les plus durables de l’économie française contemporaine.

