Fin de vie : la chambre haute ouvre le bal par l’euthanasie

Photo : Hiroshi Tsubono

Le Sénat a décidé d’ouvrir l’examen des textes sur la fin de vie par la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie, reléguant la loi sur les soins palliatifs au second plan. Un simple choix de calendrier, assure-t-on. En politique, pourtant, l’ordre des choses parle souvent plus fort que les discours.

Une inversion qui ne doit rien au hasard

Alors que l’Assemblée nationale avait commencé par le volet consensuel – le développement des soins palliatifs –, la chambre haute a choisi l’exact inverse. Les sénateurs se penchent d’abord sur le cœur explosif du dispositif : les conditions d’accès à « l’assistance médicale à mourir », examinées avant même que le principe ne soit définitivement entériné.


Officiellement, il s’agit de permettre à un maximum d’élus de s’exprimer avant le départ en circonscription lié aux campagnes municipales. Officieusement, le message est clair : la question de donner la mort passe avant celle d’accompagner la vie jusqu’à son terme.

Le symbole avant la technique

Dans les débats bioéthiques, le symbole est une matière inflammable. Qui commence par quoi dit déjà ce qu’il juge prioritaire. Plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer ce qu’elles perçoivent comme une bascule silencieuse : on ne discute plus d’abord de soulager, mais d’abréger.

La sénatrice Lana Tetuanui a résumé le malaise en une formule crue : « On va d’abord aider les gens à mourir puis réfléchir à comment les garder en vie. » Une phrase qui claque comme un verdict.

Colère dans le monde des soins palliatifs

Du côté des praticiens et des associations, la stupeur domine. La présidente de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs parle d’un renversement de promesse : on avait juré que le développement des soins serait le préalable indispensable à toute réforme.

Pour nombre de soignants, l’ordre choisi installe l’idée inverse : l’euthanasie comme solution rapide à des défaillances structurelles que l’État n’a jamais réellement corrigées.

Une réforme sous pression

Le Sénat n’en est pas à son premier passage en force sur ce dossier. La commission des affaires sociales avait déjà expédié l’examen du texte en quelques heures, alimentant l’impression d’une marche forcée sur un sujet pourtant irréversible.

Partisans comme opposants s’accordent sur un point : jamais une réforme touchant à la frontière ultime entre soigner et tuer n’aurait dû être traitée comme un simple ajustement administratif.

Car lorsqu’une société commence par organiser la mort avant d’assurer le soin, elle révèle malgré elle l’ordre réel de ses priorités.

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