Dans un entretien accordé au Figaro, Bruno Le Maire, ancien ministre de l’Économie d’Emmanuel Macron, a définitivement levé le voile sur sa vision du monde. Exit le technocrate policé, place au visionnaire déconnecté. Sa proposition phare ? Créer une fédération de six États-nations (France, Allemagne, Espagne, Italie, Pologne, Pays-Bas) au sein de l’Union européenne, dotée d’une Constitution propre, d’une nouvelle capitale choisie par « les peuples » et d’une capacité à agir « comme un seul État ». On croit rêver. Ou plutôt, on cauchemarde.
Ce n’est plus un glissement, c’est un saut dans l’inconnu. Le Maire, qui a piloté la dette française vers les abysses pendant des années, se pose désormais en sauveur de l’Europe. Son diagnostic ? Les États-Unis ne sont plus des alliés mais des « adversaires », l’Otan peut mourir, l’Ukraine ne doit pas entrer tout de suite dans l’UE, et la priorité est une intégration plus forte du « continent européen » via une structure fédéraliste resserrée. Tout cela pour éviter d’être « vassalisés » par la Chine et les États-Unis dans moins de cinq ans.
Un délire géopolitique et institutionnel
Le Maire appelle à un réarmement européen massif, à des drones, des missiles de longue portée, une armée européenne (sauf la dissuasion nucléaire, qui reste française, ouf !). Il veut une « préférence européenne » non négociable, une harmonisation fiscale, des diplômes communs, un géant du numérique rival de Google et une fabrique de semi-conducteurs. Et pour couronner le tout, les six pays adopteraient une Constitution votée par les peuples et choisiraient une nouvelle capitale.
Cette proposition sent le fédéralisme décomplexé. Sous couvert de « souveraineté européenne », Le Maire propose ni plus ni moins de diluer encore davantage la souveraineté nationale française dans une structure supranationale. Une fédération qui aurait « systématiquement la majorité qualifiée » et agirait comme un seul bloc. On connaît la chanson : à chaque fois que les élites européennes se sentent menacées, elles répondent par plus d’Europe, plus d’intégration, plus de centralisation. Le peuple français, déjà exsangue, n’a pas son mot à dire.
L’État social dans le viseur, mais à quel prix ?
L’ancien ministre ose aussi aborder un tabou : impossible d’investir massivement dans l’État régalien (défense, sécurité) sans « redéfinir la place et les objectifs de notre État social ». Indexation des pensions, allocations « à tout va », gratuité généralisée : il faut choisir, dit-il. Sur le fond, beaucoup de Français exaspérés par le poids des prélèvements pourraient être d’accord. Mais venant de celui qui a supervisé l’explosion de la dette publique, cela relève de l’hypocrisie ou du cynisme le plus pur.
Anti-américanisme de circonstance et naïveté chinoise
Le Maire fustige les États-Unis (Obama, Biden, Trump : tous coupables) et appelle les Européens à se « libérer de leur fascination ». Pourtant, ce même camp macroniste n’a eu de cesse de s’aligner sur Washington pendant des années. Aujourd’hui, face à un Trump revenu aux affaires et à un monde multipolaire brutal, Le Maire découvre l’indépendance stratégique. Étonnant, non ?
Sur la Chine, il prône la « réciprocité » : transferts de technologies, accords industriels, réévaluation du yuan. Comme s’il suffisait de le dire. Lui qui, en tant que ministre, avait mis en place des droits de douane sur les véhicules électriques chinois reconnaît implicitement l’échec d’une Europe trop naïve face à Pékin.
L’audace des tièdes
En conclusion, Le Maire distille une phrase qui se veut prophétique : « Si nous recyclons les mêmes idées en 2027, nous perdrons. L’audace idéologique nous fera gagner. Dieu vomit les tièdes, les électeurs aussi. » Belle formule. Dommage qu’elle vienne d’un homme qui incarne précisément la continuité macronienne, le technocratisme et l’européisme béat qui ont conduit la France et l’Europe au bord du gouffre.
Cette interview révèle un Bruno Le Maire décomplexé, prêt à tout pour exister politiquement en 2027. Mais ses propositions relèvent plus du délire technocratique que de l’audace salvatrice. Une fédération à six avec nouvelle capitale et Constitution ? C’est la recette parfaite pour une nouvelle couche de bureaucratie, de perte de souveraineté et d’éloignement des peuples.
La France n’a pas besoin d’une énième utopie européenne. Elle a besoin de retrouver sa souveraineté pleine et entière, de défendre ses frontières, de restaurer son identité et de remettre l’intérêt national au cœur de toute politique. Les rêves fédéralistes de Bruno Le Maire ne sont que le masque qui tombe enfin sur l’impuissance et la folie d’une élite qui n’a toujours pas compris que le peuple en a assez.
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