Tout part d’une décision commerciale en apparence anodine. Début janvier, la SNCF dévoile sa nouvelle classe « Optimum », censée remplacer l’ancienne Business Première. Argumentaire officiel : plus de confort, plus de calme, une expérience « haut de gamme ». Détail qui n’en est pas un : l’accès est interdit aux moins de 12 ans.
En clair, les enfants deviennent juridiquement indésirables dans une partie du train public français.
La mesure suscite immédiatement l’indignation de nombreuses familles, puis un malaise plus profond : depuis quand l’âge, seul, suffit-il à transformer un citoyen en nuisance ?
Le retour assumé des espaces « no kids »
La SNCF n’a fait qu’officialiser une tendance déjà bien installée. Hôtels, restaurants, plages privées, compagnies aériennes : les espaces estampillés « no kids » se multiplient, souvent sous couvert de « tranquillité » ou « d’expérience premium ».
Derrière ces euphémismes se cache une réalité plus brute : certains clients paient pour ne pas voir d’enfants. Comme d’autres, jadis, payaient pour ne pas côtoyer certaines catégories sociales.
La différence est qu’aujourd’hui cette logique d’exclusion se pare des atours du progrès, de la modernité et du confort personnel.
La riposte parlementaire de Constance de Pélichy
C’est dans ce contexte que le député Liot Constance de Pélichy a déposé une proposition de loi visant à interdire l’exclusion des enfants dans les lieux et services ouverts au public, hors impératifs de sécurité objectifs.
Son idée est simple : rappeler que l’âge, en tant que tel, ne peut constituer un critère de discrimination légitime.
Elle propose d’inscrire explicitement cette protection dans le Code pénal, en complétant la définition légale des discriminations.
Plus de 25 députés de différents groupes ont déjà cosigné le texte, de LR au Modem en passant par le PS, preuve que le sujet dépasse les clivages partisans habituels.
« L’enfant n’est pas un perturbateur par nature »
Constance de Pélichy assume un discours à contre-courant : non, un enfant n’est pas automatiquement bruyant, mal élevé ou ingérable. Non, les adultes ne sont pas toujours plus civilisés que les mineurs. Et non, une société saine ne traite pas sa jeunesse comme une pollution sonore.
Son raisonnement dérange, car il heurte un confort idéologique contemporain : celui d’une société qui tolère tout, sauf la contrainte minimale qu’impose la présence d’enfants.
Une société qui ne supporte plus sa propre continuité
Derrière cette affaire ferroviaire se cache une question bien plus large : une nation peut-elle durablement mépriser ceux qui assurent sa survie démographique ?
La France s’alarme officiellement de la chute de la natalité, multiplie les rapports, les colloques, les slogans creux… tout en rendant la vie quotidienne des familles toujours plus compliquée : logement, école, transport, travail, fiscalité.
Le message réel envoyé aux parents est limpide : faites des enfants, mais restez chez vous avec.
L’illusion dangereuse du confort absolu
Le « no kids » n’est pas une politique familiale ; c’est une philosophie sociale. Celle d’un monde aseptisé, où toute gêne devient intolérable, où le silence est un droit supérieur à la transmission, où l’adulte-consommateur prime sur le citoyen-parent.
À ce jeu-là, on commence par exclure les enfants, on continue avec les personnes âgées, les handicapés, les pauvres, les dérangeants, les lents, les imparfaits.
Toujours au nom du confort.
Une initiative salutaire, à rebours de l’air du temps
En s’attaquant à cette dérive, Constance de Pélichy rappelle une évidence devenue subversive : un enfant n’est ni un défaut de fabrication, ni un bug dans le système, ni un problème logistique, mais un membre à part entière de la communauté nationale.
Soutenir cette proposition de loi, ce n’est pas défendre le désordre ; c’est refuser que la France devienne un espace public réservé aux adultes solvables, pressés et stériles.

