Entreprises surtaxées, Français étranglés

Illustration : LLP

Taxer davantage les grandes entreprises pour protéger les Français : la formule est séduisante, martelée avec application par le gouvernement et reprise en chœur par une partie de la gauche parlementaire. Dans le pays des slogans budgétaires rassurants, l’idée fonctionne toujours. Elle donne l’illusion d’un État justicier qui frapperait les puissants pour préserver les faibles. La réalité économique, elle, se montre moins docile que les éléments de langage.

Une surtaxe présentée comme indolore

La reconduction de la contribution exceptionnelle sur les grandes entreprises est officiellement destinée à combler les trous d’un budget structurellement déficitaire, sans toucher aux ménages. Bercy promet : aucun impact pour le citoyen ordinaire. L’effort serait concentré sur quelques centaines de grands groupes, suffisamment prospères pour absorber le choc.


Sur le papier, l’opération est politiquement rentable. Elle coche toutes les cases de la vertu contemporaine : justice fiscale, lutte contre les « superprofits », protection du consommateur. Dans l’hémicycle comme sur les plateaux de télévision, la mécanique rhétorique est bien huilée.

Ce que l’économie enseigne depuis des décennies

Dans le monde réel, les entreprises ne sont pas des coffres-forts abstraits. Elles sont faites d’emplois, de salaires, d’investissements, de prix de vente et de sous-traitance. Quand la fiscalité augmente, l’argent ne disparaît pas dans un trou noir moralement satisfaisant : il est compensé.

La compensation est connue, documentée, mesurée depuis des années par de nombreuses études internationales : baisse des salaires, ralentissement des embauches, diminution de l’investissement, hausse des prix à la consommation. Autrement dit, ce que l’État prélève d’une main, le salarié et le client le perdent de l’autre.

Les salariés en première ligne

Lorsqu’une entreprise doit dégager plusieurs millions supplémentaires pour le fisc, elle n’a que quelques leviers. Le premier s’appelle la masse salariale. Gel des augmentations, primes supprimées, recrutements reportés, postes non remplacés : la facture se règle souvent en interne, discrètement.

Les plus fragiles trinquent d’abord : intérimaires, jeunes diplômés, salariés peu qualifiés. Ceux que les discours officiels prétendent précisément protéger deviennent les variables d’ajustement d’une politique fiscale pensée depuis les bureaux parisiens.

Les consommateurs comme caisse de secours

Deuxième levier : les prix. Une hausse d’impôt finit presque mécaniquement par se retrouver sur l’étiquette. Quelques centimes par produit, quelques euros par service, parfois davantage dans les secteurs peu concurrentiels.

Additionnés sur une année, ces micro-prélèvements invisibles deviennent une ponction massive sur le pouvoir d’achat. Officiellement, aucune taxe nouvelle sur les ménages. Officieusement, des courses plus chères, des factures alourdies, des abonnements qui grimpent.

Un signal désastreux pour l’investissement

À cela s’ajoute un message envoyé aux investisseurs étrangers : la France reste un territoire fiscalement imprévisible, où l’exceptionnel devient permanent et où la stabilité fiscale relève du vœu pieux.

Moins d’investissements signifie moins d’usines, moins de recherche, moins d’emplois qualifiés. À moyen terme, c’est l’ensemble de l’appareil productif qui se fragilise, dans un pays déjà handicapé par ses charges et son chômage structurel.

L’idéologie contre l’arithmétique

La surtaxation des entreprises relève moins de la gestion économique que de la posture politique. Elle flatte un électorat, alimente une vision morale de l’économie et donne le sentiment d’agir sans avoir le courage d’assumer des économies budgétaires réelles.

Mais l’économie n’obéit pas aux slogans. Elle applique une règle simple : tout prélèvement finit par être payé par des personnes concrètes, jamais par des entités abstraites.

Et comme toujours, ce sont les ménages qui règlent la note, pendant que l’État se félicite d’avoir fait « contribuer les autres ».

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