À Marseille, la préfecture de police a lancé une opération d’ampleur contre les consommateurs de drogue. Une décision rare, assumée, et surtout révélatrice d’un changement de doctrine : la lutte contre le narcotrafic ne peut plus se limiter aux seuls dealers.
Un signal clair envoyé aux réseaux
Pendant des années, la politique publique s’est concentrée presque exclusivement sur les vendeurs, laissant intacte la base du système : la demande. Or, sans acheteurs, il n’y a ni points de deal, ni économie parallèle, ni territoires confisqués.
En ciblant aussi les consommateurs, l’État rappelle une évidence trop souvent oubliée : chaque billet dépensé alimente directement les réseaux criminels, leurs armes, leurs recrutements et leurs violences.
Une opération massive et visible
1 200 policiers et gendarmes mobilisés, 23 villes concernées, 159 points de contrôle, des opérations piétonnes et routières, y compris près des écoles, des gares et des transports.
Le message est simple : nul n’est anonyme, nul n’est invisible, nul n’est au-dessus des règles.
Cette visibilité tranche avec les opérations discrètes du passé, souvent perçues comme symboliques. Ici, l’objectif est aussi psychologique : réintroduire l’idée de risque là où s’était installée une forme d’impunité sociale.
Rompre avec la banalisation
Depuis une quinzaine d’années, la consommation de drogues s’est progressivement normalisée dans l’espace public, portée par un discours minimisant ses conséquences.
Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes : règlements de comptes, quartiers verrouillés, commerces désertés, familles contraintes de déménager, services publics sous tension permanente.
Sanctionner le consommateur, ce n’est pas faire la morale : c’est rétablir un lien clair entre un acte individuel et ses effets collectifs.
Une cohérence longtemps absente
La France punissait officiellement l’usage… tout en fermant largement les yeux dans les faits. Cette contradiction nourrissait un sentiment d’injustice et d’inefficacité.
En assumant une application réelle de la loi, la préfecture met fin à cette zone grise. La règle existe, elle s’applique, elle produit des conséquences concrètes.
Même le projet d’augmentation de l’amende forfaitaire – de 200 à 500 euros – s’inscrit dans cette logique : rendre le coût de la consommation plus dissuasif que le simple confort de l’habitude.
Un soutien silencieux mais réel
Sur le terrain, beaucoup d’habitants approuvent, souvent discrètement. Ceux qui vivent au quotidien avec les points de deal, les guetteurs, les rodéos nocturnes et les intimidations n’attendent pas des discours, mais des actes durables.
Cette opération n’effacera pas à elle seule des décennies d’abandon, mais elle restaure une chose essentielle : l’idée que la puissance publique n’a pas renoncé.
Marseille ne sera jamais sauvée par des slogans, mais elle peut encore l’être par la constance et le courage politique.

