Céline Berthon, directrice générale de la DGSI, a prévenu mercredi 26 août 2026, lors d’un débat organisé par le Medef à Paris, que la France devait désormais « considérer comme possibles des actions hostiles plus directes, violentes, pouvant survenir sur notre territoire national ».
Le chef du renseignement intérieur a pris pour référence l’épisode de l’aéroport de Leipzig-Halle, dans l’est de l’Allemagne. Dans la nuit du 4 août, un drone chargé d’explosifs a été découvert dans la zone fret sécurisée, à proximité d’avions-cargos ukrainiens Antonov An-124 utilisés pour le transport de matériel militaire et pour le dispositif OTAN SALIS. Selon les enquêteurs allemands, l’engin devait atterrir sur les ailes d’un appareil ravitaillé en kérosène ; le détonateur a défailli. Un chauffeur de bus a heurté le drone au pied et l’a fait chuter. L’aéroport, hub cargo majeur, a été fermé plusieurs heures.
Peu après, un cargo DHL en remise de gaz a heurté un objet volant — les enquêteurs évoquent un second drone —, a subi des dégâts à l’empennage et a été dérouté. Le 14 août, un troisième drone a été retrouvé dans un champ de Kabelsketal, à l’ouest de l’aéroport, avec environ 50 grammes d’une substance suspectée d’être de l’hexogène (RDX), explosif militaire. Le parquet fédéral allemand a ouvert une enquête pour atteinte à la sécurité nationale. Le chancelier Friedrich Merz a indiqué mardi que Berlin travaillait « intensément » à identifier les auteurs, sans attribution officielle publique à ce stade. Moscou est régulièrement accusé par les capitales européennes de mener des opérations hybrides ; Céline Berthon n’a pas nommé la Russie à propos de Leipzig, mais a parlé d’un « durcissement de la posture russe ».
Devant les chefs d’entreprise, la directrice de la DGSI a décrit une hausse « météorique » des menaces hybrides depuis l’invasion de l’Ukraine : cyberintrusions, interférences économiques, scientifiques et institutionnelles, recours à des relais locaux, tentatives de perturber le fonctionnement des élections. En France, les actions attribuées à la Russie et rendues publiques sont restées, jusqu’ici, surtout non létales : tags des « mains rouges » sur le Mémorial de la Shoah, campagnes de désinformation, survols de sites militaires sensibles sans lien public formel avec Moscou.
Le message de mercredi porte sur le franchissement possible d’un seuil. Les cibles visées, a-t-il précisé, ne se limitent pas aux grands groupes de défense. Elles comprennent « toute la chaîne qui concourt à alimenter la BITD », les sous-traitants, puis les secteurs stratégiques : énergie et communications. « Dans le contexte de durcissement de la posture russe notamment, il nous faut intégrer l’hypothèse d’un durcissement et d’une aggravation des menaces qui pèsent sur les entreprises. »
Céline Berthon a résumé le cadre : une guerre « qui n’est pas une guerre physique, qui n’est pas une guerre militaire, qui n’est pas nécessairement publiquement reconnue comme visant notre sol », mais qui comporte déjà des attaques contre le pays. Leipzig, a-t-il dit, est le signal qu’il faut désormais compter avec le passage à des actes plus directs.


