Dette : l’écart franco-allemand franchit 100 points de base

Vendredi 18 septembre, le différentiel de rendement entre les OAT françaises et le Bund allemand à dix ans a touché 100 points de base, seuil qui n’avait plus été atteint depuis 2012. Au cours de la séance, cet écart s’est hissé jusqu’à 105,36 points de base.

Les taux français à 10 ans évoluaient entre 4,50 % et 4,55 %, face à une fourchette de 3,50 % à 3,53 % pour le Bund. Depuis le scrutin législatif anticipé de juin 2024, consécutif à la dissolution de l’Assemblée nationale, cet écart a été multiplié par deux.

Jeudi, le Premier ministre Sébastien Lecornu a dévoilé un plan d’économies de 54 milliards d’euros. L’exécutif retient un déficit à 5,4 % du PIB pour 2026 et vise 5 % en 2027. Pour la croissance de 2026, la projection a été ramenée à 0,5 %, après 0,7 % en juillet et 1 % dans les premières hypothèses. À l’horizon de la fin 2026, le pays se retrouverait potentiellement avec le déficit public le plus marqué de la zone euro.

Premier poste de dépenses, le service de la dette devrait excéder de 4,5 milliards d’euros les anticipations en 2026, puis s’alourdir de 10 milliards d’euros supplémentaires en 2027.

Chris Jeffery, responsable de la stratégie macroéconomique chez L&G, a estimé que « la compensation offerte est suffisante pour assumer le risque souverain », hors situation catastrophique. David Zahn, responsable des titres à revenu fixe européens chez Franklin Templeton, a déclaré que « la France a de réels problèmes et qu’ils ne seront pas résolus de sitôt ». La Société Générale n’écarte pas, de son côté, un élargissement jusqu’à 120 points de base.

Depuis juin 2024, l’écart hexagonal s’est creusé d’environ 40 points de base, davantage que l’évolution italienne sur la même période. Les marchés intègrent des freins budgétaires durables, une instabilité politique illustrée par quatre Premiers ministres en deux ans, et l’échéance présidentielle de mai 2027. Figurent notamment sous surveillance l’idée, portée par Jean-Luc Mélenchon, d’un gel de la dette détenue par la Banque centrale européenne (environ 20 % du total) et les propositions de Marine Le Pen visant à abaisser l’âge de départ à la retraite pour certaines catégories.

Portés au-delà de 100 dollars le baril par les tensions entre l’Iran et les États-Unis ainsi que par le conflit au Yémen, les cours du pétrole pèsent aussi sur l’ensemble des taux en ravivant les craintes d’inflation.



Le Journal des Francais