De Molenbeek à Paris : itinéraire d’un fanatique que rien n’a arrêté

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Vendredi soir, au pied de l’Arc de Triomphe, un homme armé d’un couteau s’en est pris aux forces de l’ordre avant d’être neutralisé. L’assaillant, Brahim B., n’était pas un inconnu. Condamné en Belgique à dix-sept ans de prison pour avoir poignardé deux policiers à Molenbeek en 2012, il avait été reconnu coupable de tentatives de meurtre pour motif terroriste.

Treize ans plus tard, le même scénario se rejoue, cette fois à Paris. Entre-temps, il avait purgé une partie de sa peine, été transféré en France et remis en liberté fin 2025. Sous contrôle judiciaire, inscrit au dispositif Micas, géolocalisé : sur le papier, tout semblait verrouillé.

Dans les faits, cela n’a pas empêché le passage à l’acte.

De la prison à la rue : la question qui fâche

La question n’est pas seulement celle de l’individu. Elle est celle du système. Comment un homme condamné pour terrorisme, dont les motivations idéologiques étaient établies – consultation de sites djihadistes, volonté déclarée de combattre à l’étranger – a-t-il pu retrouver la liberté ?

La remise de peine est un principe du droit pénal. Mais lorsqu’il s’agit de profils radicalisés, l’enjeu dépasse la simple mécanique judiciaire. La dangerosité idéologique ne disparaît pas avec le temps. Elle peut se dissimuler, s’adapter, patienter.

On nous expliquera que l’État a fait ce qu’il fallait : surveillance, suivi, encadrement. Pourtant, le résultat est là. Sous l’un des symboles les plus forts de la nation, un individu déjà condamné pour terrorisme a de nouveau frappé.

L’illusion du contrôle administratif

Depuis plusieurs années, la France a multiplié les outils administratifs : assignations à résidence, pointages, mesures individuelles de contrôle. Ces dispositifs peuvent contenir, rarement prévenir totalement. Ils supposent des moyens humains considérables et une vigilance constante.

Or la menace islamiste, elle, ne faiblit pas. Elle s’inscrit dans la durée. Elle s’alimente d’un discours victimaire, d’une haine idéologique et d’une stratégie de confrontation avec les sociétés occidentales.

Brahim B. avait attaqué en 2012 au nom d’un ressentiment contre l’interdiction du voile intégral en Belgique et en invoquant la défense des musulmans. En 2026, le décor change, la logique reste.

Un symbole visé, un message envoyé

Le choix du lieu n’est pas anodin. L’Arc de Triomphe n’est pas une rue anonyme. C’est le monument aux morts de la Nation, le cœur mémoriel de Paris, le théâtre des commémorations et des grandes cérémonies.

S’attaquer là, c’est viser un symbole. C’est défier l’État, la mémoire nationale, l’ordre public. Ce n’est pas un fait divers, c’est un acte politique.

La France face à elle-même

À chaque attaque, les mêmes mots reviennent : sidération, émotion, condamnation ferme. Puis l’actualité chasse l’actualité.

Mais une réalité demeure : des individus condamnés pour terrorisme islamiste sortent progressivement de prison. Ils reviennent dans une société qui peine à mesurer le risque à long terme.

Le débat est désormais frontal : faut-il adapter plus radicalement notre droit pénal pour les profils terroristes ? Faut-il allonger les peines incompressibles ? Faut-il repenser la notion même de remise en liberté pour ceux qui ont attaqué au nom d’une idéologie totalitaire ?

Sous l’Arc de triomphe, vendredi soir, ce ne sont pas seulement des policiers qui ont été visés. C’est la crédibilité d’un État qui promet protection et prévention — et qui, une fois encore, se retrouve à expliquer l’inexplicable.

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