Darmanin et l’immigration : opération communication avant 2027

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Invité sur LCI, Gérald Darmanin a proposé de suspendre l’immigration régulière pendant « deux à trois ans », avant d’instaurer une politique de quotas décidée par référendum. Une déclaration présentée comme audacieuse, presque iconoclaste, venant d’un ministre qui appartient pourtant à l’exécutif en place depuis près d’une décennie.

Le même pouvoir qui expliquait hier que l’immigration était une « chance » pour la France reconnaît aujourd’hui, du bout des lèvres, qu’elle pose un problème économique, social et politique majeur. L’aveu est tardif. Il n’en est pas moins révélateur.

Un constat que les Français connaissent depuis longtemps

Darmanin évoque la contradiction entre la volonté affichée de réduire l’immigration et le recours massif à une main-d’œuvre étrangère dans l’agriculture, le BTP ou la restauration. Il rappelle aussi un chômage structurel élevé, plus encore chez les populations immigrées.


Rien de nouveau. Ces données sont connues, documentées, débattues depuis des années. Les Français les vivent au quotidien, dans l’accès à l’emploi, au logement, aux services publics, dans certaines écoles et dans de nombreux quartiers.

Ce qui change, ce n’est pas la réalité. C’est le discours officiel.

Une suspension très encadrée

Le ministre précise aussitôt que cette suspension ne concernerait pas tout le monde : médecins, chercheurs, certains étudiants seraient exemptés. Le regroupement familial et l’immigration de travail seraient touchés, mais pas l’asile, ni l’immigration illégale, ni les régularisations ciblées.

Autrement dit, l’essentiel des flux continuerait d’exister sous d’autres formes. La « suspension » ressemble davantage à un ralentissement administratif qu’à une inflexion politique majeure.

L’argument salarial, nouvel habillage idéologique

Selon Darmanin, réduire l’immigration régulière obligerait les employeurs à augmenter les salaires dans les métiers pénibles ou peu attractifs. Une mécanique simple sur le papier, beaucoup plus discutable dans la réalité.

Aucune réforme structurelle du marché du travail, aucune remise en cause du modèle économique fondé sur la main-d’œuvre bon marché, aucune réflexion sur la désindustrialisation n’accompagne cette annonce. L’immigration reste traitée comme une variable d’ajustement, jamais comme un choix de civilisation.

Les quotas, ou la dilution démocratique

Après la suspension viendraient les quotas, déterminés par référendum, sur le modèle canadien. Une manière élégante de renvoyer la responsabilité aux électeurs tout en conservant le cadre juridique, européen et constitutionnel actuel.

Darmanin reconnaît d’ailleurs qu’une telle politique supposerait une réforme de la Constitution, donc un parcours institutionnel long, incertain, et politiquement risqué.

En clair : beaucoup de conditionnels, peu de décisions.

Une régularisation toujours possible

Le ministre exclut officiellement une régularisation massive, mais admet des exceptions pour des personnes sans casier judiciaire, travaillant déjà en France et menacées dans leur pays d’origine.

Cette porte entrouverte suffit à rassurer une partie de la majorité, et à maintenir le principe d’une immigration de fait, même lorsque le discours prétend la restreindre.

Un calendrier qui ne doit rien au hasard

À un peu plus d’un an de l’élection présidentielle, les mots changent, les postures évoluent, les lignes bougent légèrement. L’exécutif, confronté à une opinion massivement hostile à l’immigration incontrôlée, ajuste son vocabulaire sans toucher aux fondations.

Il ne s’agit pas d’un tournant, mais d’un rééquilibrage rhétorique.

Une tentative de reconquête électorale sous couvert de lucidité tardive.

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