Le drame insoutenable de la petite Lyhanna, 11 ans, assassinée dans le Gers, continue de secouer la France. Derrière l’émotion et la colère légitime des Français face à ce nouveau scandale, c’est tout un système judiciaire qui est aujourd’hui mis en accusation. Le principal suspect, Jérôme B., cumulait les antécédents et les signalements, notamment pour viol sur mineure. Malgré cela, la machine judiciaire n’a pas su protéger l’enfant. Emmanuel Macron lui-même a été contraint de reconnaître un « dysfonctionnement ». Gérald Darmanin, ministre de la Justice, a admis que « l’institution judiciaire n’a pas su protéger » la fillette.
Face à ce naufrage, Bruno Retailleau, président des Républicains et candidat déclaré à la présidentielle de 2027, ne se contente pas de constats. Dans un entretien accordé au Parisien ce samedi 6 juin, il propose une réforme constitutionnelle majeure : la création d’une cour disciplinaire de la magistrature pour remplacer ou compléter le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), qu’il juge « trop corporatiste » et inefficace.
Un constat implacable : une seule sanction en quinze ans
« Les magistrats dépendent du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) qui est trop corporatiste dans sa composition. Ce qui explique qu’en une quinzaine d’années, une seule sanction, en l’occurrence un blâme, a été prise », a martelé Bruno Retailleau.
Ce chiffre est abyssal. Il révèle une impunité de fait au sein de la magistrature. Quand des juges libèrent des récidivistes dangereux, classent sans suite des plaintes pour violences sexuelles sur mineurs ou appliquent une indulgence systématique envers certaines catégories de délinquants, rien ne se passe. Aucun compte à rendre. Le corporatisme protège les siens.
Pour Retailleau, « les mécanismes de sanction des magistrats ne fonctionnent pas ». Il pointe également l’inefficacité des circulaires ministérielles : celle émise par Darmanin en janvier priorisant les enfants victimes n’a manifestement pas été appliquée sur le terrain. « Ça ne sert à rien de multiplier les circulaires si on ne vérifie pas méthodiquement leur application. Ce drame est révélateur de la bureaucratie française. L’État est devenu une machine totalement grippée, dont les commandes ne répondent plus. »
Sa proposition : une cour disciplinaire avec des citoyens tirés au sort
La solution avancée par le Vendéen est radicale dans le paysage politique français : créer une cour disciplinaire de la magistrature composée d’un collège de citoyens désignés par tirage au sort, siégeant aux côtés de magistrats et de personnalités qualifiées. Cette cour ne serait pas présidée par un magistrat, mais par l’un des autres membres élu par ses pairs.
Elle pourrait être saisie par :
- Les citoyens eux-mêmes
- Les supérieurs hiérarchiques des magistrats
- Le ministre de la Justice
Le CSM actuel conserverait ses prérogatives en matière de nominations, mais perdrait son monopole sur la discipline. Cette réforme s’inscrirait dans une révision constitutionnelle plus large que Retailleau promet de porter s’il est élu en 2027.
Cette idée fait écho à une demande ancienne de la droite et de la population : rendre la justice plus responsable devant le peuple. Le tirage au sort des citoyens introduit un contrôle démocratique direct, brisant l’entre-soi judiciaire souvent accusé de pencher idéologiquement à gauche et de faire primer la sociologie sur le droit et la sécurité des Français.
Le contexte politique : Retailleau se démarque dans la course à la présidentielle
Cette prise de position intervient dans un moment clé. À droite, les fractures sont nombreuses entre Retailleau, Édouard Philippe, Gabriel Attal et d’autres. En se saisissant du drame de Lyhanna pour proposer une réforme structurelle de la justice, le président des LR tente de s’imposer comme le candidat de l’ordre, de la protection des plus vulnérables et de la restauration de l’autorité de l’État.
Il critique implicitement la majorité macroniste : malgré les discours, les circulaires et les promesses, rien ne change sur le terrain. Les Français constatent chaque jour l’augmentation des violences, des agressions sexuelles et des homicides perpétrés par des individus déjà connus des services de police et de justice.
Cette proposition s’inscrit également dans une ligne plus large défendue par Retailleau : choc de l’offre en logement, libération économique, mais aussi fermeté sur les questions régaliennes. Il espère ainsi rassembler une « génération Retailleau » autour d’un projet de renaissance nationale, loin des postures « politiquement correctes » qui ont paralysé la droite pendant des années.
Une réforme nécessaire pour sauver l’État de droit
La création d’une cour disciplinaire mixte (magistrats + citoyens) ne constitue pas une atteinte à l’indépendance de la justice, contrairement à ce que hurleront probablement les corporatismes syndicaux et les médias de gauche. Il s’agit au contraire de la restaurer véritablement. Une justice indépendante n’est pas une justice irresponsable ni intouchable.
D’autres pays européens ont mis en place des mécanismes de contrôle citoyen ou parlementaire plus forts. La France, patrie du Code Napoléon et de l’État fort, ne peut plus se permettre cette dérive bureaucratique et laxiste qui coûte des vies, à commencer par celles des enfants.
Bruno Retailleau pose ici une question essentielle pour 2027 : qui aura le courage de réformer en profondeur les institutions pour qu’elles protègent d’abord les Français honnêtes plutôt que les délinquants multirécidivistes ? Sa proposition, si elle est creusée et défendue avec constance, pourrait devenir un pilier de son programme.
Les Français, exaspérés par l’insécurité et l’impuissance publique, attendent des actes. Le drame de Lyhanna ne doit pas être un fait divers de plus, mais le déclencheur d’une prise de conscience nationale et d’une refondation de la justice.
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