Conférence travail-retraites : document final centré sur la pénibilité

Un document final mettant la pénibilité au cœur des propositions a été présenté mercredi par les trois garants de la conférence Travail, Emploi, Retraites. Pendant plus de six mois, Anne-Marie Couderc, Jean-Denis Combrexelle et Pierre Ferracci ont mené des travaux rassemblant organisations patronales et syndicats — le Medef ayant boycotté les travaux.

Selon le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, « l’esprit de la conférence » visait à « jeter les bases de quelque chose qui pourrait déboucher sur une réforme acceptable et acceptée ». Le texte, a-t-il estimé, dessine le « champ du possible » et forme « une espèce de matériau pré-négo » où plusieurs organisations syndicales et patronales pourraient se retrouver.

Après avoir fixé les objectifs des politiques de l’emploi, du travail et des retraites, le document évoque la démographie, la stagnation du pouvoir d’achat des salariés ainsi que les taux d’emploi des seniors et des jeunes. Convergences et divergences entre partenaires sociaux y sont recensées, avant l’esquisse de « voies de passage possibles ».

Compromis sur la pénibilité

La pénibilité, qui avait bloqué le conclave de 2025, fait l’objet d’une tentative de conciliation entre approche médicale individuelle et approche collective. Les garants avancent un mécanisme collectif de présomption de pénibilité visant des métiers exposés à des risques encore non couverts — vibrations mécaniques ou manutention manuelle, par exemple — avec des clauses de revoyure. À ce dispositif s’ajouterait un examen médical en fin de carrière, susceptible de permettre soit un départ anticipé de deux ans à la retraite, soit un mi-temps sans perte de rémunération.

Jean-Pierre Farandou a insisté : « On y était presque au conclave, avec l’accord implicite “on peut accepter de travailler davantage si on traite le problème de l’usure et qu’on traite bien les salariés dans l’entreprise”. »

Âge d’équilibre et capitalisation

Supprimer l’âge d’ouverture des droits présenterait de « graves inconvénients », insistent les garants, en pénalisant surtout ceux dont les carrières sont hachées. Ils proposent plutôt un « âge d’équilibre », avec décotes en deçà et surcotes au-delà.

Jugée « très secondaire » par Jean-Denis Combrexelle, la capitalisation demeure un casus belli pour une partie des syndicats, même si la CPME a plaidé pour en intégrer une part au système. « La substitution totale d’un système par capitalisation à celui par répartition » est écartée par le document. Tout mécanisme additionnel éventuellement retenu « n’aurait de sens que s’il couvrait l’ensemble des catégories de salariés », pour éviter de nouvelles inégalités.

Suspendue aujourd’hui, la réforme des retraites de 2023 qui fixe à 64 ans l’âge légal de départ reprendra au début de 2028 en l’absence d’une nouvelle loi d’ici là.

Jean-Denis Combrexelle a précisé qu’il avait voulu éviter « un rapport administratif classique ».

Restée jusqu’au terme de la conférence, alors qu’elle avait quitté le conclave de 2025, la CGT s’est exprimée par sa secrétaire générale, Sophie Binet. Elle s’est dite « en colère » que le rapport soit parvenu au Premier ministre sans que les syndicats aient pu « en discuter une ligne », et a fait part de son inquiétude sur le fond, soulignant que son organisation était là pour défendre des propositions « pour financer l’abrogation » de la réforme des retraites.



Le Journal des Francais