Ségolène Royal vient de franchir un nouveau palier dans l’art délicat de laisser perplexe : face aux rodéos urbains, elle propose… de créer une école de cascadeurs. Loin des débats sérieux sur la sécurité routière ou l’éducation, l’ancienne candidate à la présidentielle a visiblement trouvé la potion magique qui transforme les délinquants en stars de cinéma.
Car, au fond, quoi de plus logique que d’applaudir des deux mains quand des adolescents mettent en danger leur vie et celle des autres ? Au lieu de renforcer des lois, d’améliorer les moyens policiers ou de réfléchir à des actions sociales ciblées, Madame Royal voit dans ces rodéos sauvages une passion à valoriser. Oui, vous avez bien lu : une passion.
Dans son imaginaire, on ne sanctionne pas, on n’encadre pas vraiment non plus. On canalise la “passion” en la transformant en profession. Et là où certains parleraient de prévention ou de sanctions adaptées, la réponse est toute trouvée : des cascades hollywoodiennes « made in France ». Une école d’acrobates motorisés ! Un rêve, sans doute, si l’on confond formation professionnelle et attraction foraine.
Qu’on se le dise, cesser de confondre le bitume avec un tapis rouge relève manifestement d’un détail mineur. Les jeunes qui “font n’importe quoi” — pour reprendre ses propres mots — seraient mieux lotis dans un internat à qu’en train de répondre devant un juge ou de suivre une formation classique.
Et si l’on pousse un peu la logique jusqu’à son terme, pourquoi s’arrêter là ? Après tout, les casseurs pourraient devenir cascadeurs professionnels. Les vendeurs à la sauvette, artistes de rue. Et les chauffards de périphérie, pilotes de Formule 1 ! Le cinéma français n’a qu’à bien se tenir, car voilà venir la relève des voltigeurs de rue, diplômés d’un institut que seule une vision politique déconnectée pourrait imaginer.
Mais au-delà de la caricature — qui se suffit à elle-même — ce qui frappe, c’est l’absence de prise en compte de la réalité. Les rodéos urbains ne sont pas des festivals, ce sont des actes dangereux, souvent criminels. Ils réclament des réponses pragmatiques, pas des idées sorties d’un film de Louis de Funès. On se demande si, en préparant son projet, Madame Royal n’a pas confondu la délinquance avec une scène de tournage.
Ainsi va la politique spectacle : on déplace le problème, on enrobe d’effets de manche, on propose des écoles imaginaires, et on en oublie les vrais enjeux. Pendant ce temps, les routes restent dangereuses, les citoyens frustrés et les propositions sérieuses désertent le débat public. Mais l’important, pour certains, c’est d’avoir une passion. Et si elle ne mène nulle part, au moins elle fait illusion.


