Application provisoire du Mercosur : Ursula von der Leyen choisit la force

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La décision de la Commission européenne d’enclencher l’application provisoire de l’accord commercial avec le Mercosur marque un nouveau moment de tension entre Bruxelles et plusieurs États membres, au premier rang desquels la France. L’initiative intervient alors même que le Parlement européen a saisi la Cour de justice de l’Union sur la validité juridique de l’architecture de l’accord, ce qui aurait pu justifier une pause politique.

Au lieu de cela, la Commission a choisi d’avancer. Cette accélération, présentée comme technique, a immédiatement été perçue comme politique : elle modifie de facto l’équilibre entre institutions et réduit la portée du débat parlementaire en cours.

Une méthode contestée

La critique porte moins sur l’existence de l’accord — négocié depuis plus de vingt-cinq ans — que sur la méthode retenue. L’Élysée affirme avoir été informé à la dernière minute, alimentant l’idée d’une décision préparée sans véritable concertation avec les exécutifs les plus réticents.

Cette séquence renforce une accusation récurrente : celle d’une Commission qui s’appuie sur les marges juridiques pour agir avant que le débat politique ne soit tranché. L’application provisoire permet en effet de faire entrer certaines dispositions en vigueur sans ratification complète, ce qui transforme un mécanisme prévu pour la continuité en outil d’accélération politique.

Le précédent institutionnel

Ce choix crée un précédent sensible. Jusqu’ici, les accords commerciaux appliqués provisoirement avaient reçu l’aval du Parlement européen. Ici, la situation est inversée : l’institution législative conteste l’accord tandis que l’exécutif européen avance.

La question devient donc institutionnelle. Si l’exécutif peut activer un traité majeur malgré un contentieux juridique et une opposition politique significative, l’équilibre démocratique de la politique commerciale européenne apparaît fragilisé.

Une logique géostratégique assumée

Ursula von der Leyen justifie sa décision par l’urgence stratégique. L’accord avec le Mercosur ouvre un marché de centaines de millions de consommateurs et s’inscrit dans la compétition économique mondiale, notamment face à la Chine et aux États-Unis. Plusieurs capitales — Berlin, Madrid ou Rome — soutiennent cette lecture et voient dans l’accord un levier de croissance et d’influence.

Mais cette argumentation géopolitique renforce aussi la critique : elle suggère que la logique de puissance prime désormais sur la prudence démocratique, ce qui nourrit la méfiance des opinions publiques déjà sceptiques vis-à-vis des accords commerciaux.

Une fracture politique durable

Au-delà du cas Mercosur, la séquence révèle une fracture persistante sur la nature même de l’Union : instrument technocratique d’efficacité ou espace politique fondé sur le consentement des États et des citoyens. En choisissant la rapidité, la Commission prend le risque d’accentuer le sentiment de dépossession qui traverse plusieurs pays.

Le débat ne porte plus seulement sur l’agriculture, les quotas ou les droits de douane. Il concerne la légitimité du processus européen lui-même et la place du Parlement dans les décisions structurantes.

Une décision juridiquement possible peut ainsi devenir politiquement explosive.

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