La vieille garde « culturelle » française vacille à son tour. L’ancien ministre de la Culture Jack Lang va être convoqué par le ministère des Affaires étrangères afin de s’expliquer sur ses liens avec le financier américain Jeffrey Epstein. Une décision prise à la demande de Matignon, révélatrice de l’embarras grandissant au sommet de l’État face à une affaire qui n’en finit plus d’éclabousser personnalités politiques, diplomatiques et culturelles.
Une convocation à forte portée symbolique
Selon plusieurs sources concordantes, l’exécutif souhaite entendre Jack Lang au sujet de ses relations passées avec Jeffrey Epstein, dont le nom refait surface après la publication de nouveaux documents judiciaires aux États-Unis.
Jack Lang, aujourd’hui président de l’Institut du monde arabe, est sommé de s’expliquer non pas devant une juridiction, mais devant l’administration diplomatique française. Une démarche qui souligne l’enjeu d’image pour une institution financée en partie par l’État et qui se veut vitrine culturelle et diplomatique.
Dans l’entourage du chef de l’État, certains évoquent la nécessité pour l’ancien ministre de « penser à l’institution », formule qui sonne comme un avertissement à peine voilé sur l’impact politique et symbolique du scandale.
Aucun fait pénal établi, mais une présence troublante dans les documents
À ce stade, aucune accusation judiciaire ne vise Jack Lang. Toutefois, son nom apparaît à de très nombreuses reprises dans les documents récemment rendus publics aux États-Unis.
Les révélations évoquent des échanges et des liens d’intérêt avec Jeffrey Epstein, figure centrale d’un scandale mondial mêlant exploitation sexuelle de mineures, réseaux d’influence et fréquentations parmi les élites politiques et économiques internationales.
Si la simple mention dans des archives ne constitue pas une preuve de culpabilité, l’ampleur des références – plusieurs centaines de mentions – nourrit la controverse et alimente le soupçon dans l’opinion publique.
Une pression politique jusque dans les rangs socialistes
Le malaise ne se limite pas à la sphère gouvernementale. Au sein même du Parti socialiste, plusieurs voix appellent désormais Jack Lang à s’interroger sur son maintien à la tête de l’Institut du monde arabe.
Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a estimé publiquement que l’ancien ministre devait « réfléchir » à sa situation. Une prise de distance notable envers une figure longtemps emblématique de la gauche mitterrandienne.
La déflagration familiale et professionnelle
La polémique ne s’arrête pas à la personne de Jack Lang. Sa fille Caroline Lang est elle aussi fragilisée par les révélations.
Elle a déjà quitté plusieurs fonctions importantes dans le secteur culturel et audiovisuel, notamment à la tête d’un syndicat de producteurs ainsi qu’au sein du conseil d’administration du festival Séries Mania. Elle a également été mise en retrait de ses responsabilités dans un fonds économique régional lié au secteur du cinéma.
Ces démissions successives illustrent l’onde de choc provoquée par les Epstein Files bien au-delà du champ judiciaire.
Une affaire qui révèle les zones grises des « élites » internationales
L’affaire Epstein agit comme un révélateur brutal des réseaux d’influence qui structurent depuis des décennies les sphères politiques, économiques et culturelles occidentales.
Les révélations successives démontrent combien les frontières entre relations mondaines, réseaux de pouvoir et compromissions morales peuvent parfois se brouiller. En France, la convocation de Jack Lang illustre la difficulté pour les autorités de maintenir une ligne d’exemplarité face à des figures historiques du paysage institutionnel.
Le cas Lang s’inscrit dans une série d’affaires touchant différentes personnalités européennes citées dans les archives liées au financier américain, certaines ayant déjà dû abandonner leurs fonctions.
Une épreuve pour la diplomatie culturelle française
Au-delà du cas personnel de Jack Lang, l’enjeu concerne l’image de la diplomatie culturelle française. L’Institut du monde arabe, symbole du dialogue entre la France et le monde arabe, se retrouve indirectement exposé à un scandale international.
La convocation organisée par le ministère des Affaires étrangères témoigne de la volonté d’éviter toute fragilisation durable de cette institution stratégique.
Elle marque aussi une évolution des exigences d’exemplarité imposées aux responsables culturels, désormais soumis à une surveillance médiatique et morale bien plus intense qu’auparavant.
La convocation de Jack Lang rappelle surtout que les figures jadis intouchables ne sont plus protégées par leur prestige lorsque surgissent les zones d’ombre de leurs fréquentations.

