À Chessy, petite commune de Seine-et-Marne, un maire a choisi de ne pas se taire. En refusant de célébrer le mariage d’un ressortissant algérien sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français, Olivier Bourjot n’a pas seulement posé un acte administratif : il a mis en lumière l’incohérence profonde d’un système qui ordonne sans jamais exécuter, qui contraint les élus locaux tout en renonçant à ses propres décisions.
Depuis des mois, l’État français multiplie les injonctions contradictoires : d’un côté, il signe des OQTF ; de l’autre, il exige que les maires ferment les yeux sur leur non-application. À Chessy, cette hypocrisie s’est heurtée à un refus net.
L’OQTF, cet ordre que l’État n’assume plus
Une obligation de quitter le territoire n’est pas une suggestion. Ce n’est pas un vœu pieux. C’est une décision administrative censée être exécutée. Or, dans ce dossier, l’OQTF prononcée en 2022 n’a jamais été appliquée, laissant la charge morale et politique à un maire sommé d’organiser un mariage qu’il juge contraire à l’esprit même du droit.
À quoi sert la loi si ceux qui la rédigent refusent d’en assumer les conséquences ? La question posée par Olivier Bourjot n’a rien de provocateur : elle est élémentaire. L’État exige des élus qu’ils se plient à des situations qu’il a lui-même créées par son inaction.
La solitude des maires face à la machine judiciaire
La « justice » a choisi de contraindre le maire de Chessy par une astreinte financière de 500 euros par jour. Une somme qui, au-delà de son montant, pose un principe glaçant : un élu local est puni pour avoir refusé de compenser les défaillances de l’État central.
Plus troublant encore, cette logique revient à faire financer, indirectement, le maintien sur le territoire d’une personne censée ne pas y être. L’astreinte devient alors un mécanisme pervers : elle transforme l’illégalité en situation de fait durable, sous couvert de légalité procédurale.
Le courage politique, denrée devenue rare
Dans un paysage politique saturé de prudence, de langage technocratique et de soumission automatique aux injonctions venues d’en haut, l’attitude du maire de Chessy tranche. Il ne s’est pas réfugié derrière des éléments de langage. Il n’a pas cherché à se défausser. Il a assumé publiquement son refus, en en exposant clairement les raisons.
Ce courage n’est pas celui de la posture. Il n’est pas médiatique. Il est celui d’un élu de terrain confronté à une situation qu’il juge moralement et juridiquement intenable.
Un symptôme d’une crise bien plus large
L’affaire de Chessy dépasse largement le cadre d’un mariage contesté. Elle révèle une crise profonde de l’autorité publique : un État qui ordonne mais n’exécute plus, une justice qui sanctionne ceux qui rappellent le réel, et des élus locaux sommés d’obéir sans discuter, quitte à devenir les gestionnaires passifs du renoncement national.
Lorsque les maires en viennent à refuser collectivement leur propre démission parce que le préfet la leur refuse, c’est bien que le système a atteint un point de rupture.
Le refus de la soumission comme acte républicain
Refuser de célébrer ce mariage n’est pas un rejet de la loi. C’est, au contraire, une exigence de cohérence. La République ne peut survivre longtemps si elle exige l’obéissance à géométrie variable, si elle transforme ses propres décisions en fictions administratives.
À Chessy, un maire a rappelé que l’autorité ne se décrète pas, qu’elle s’exerce, et que sans exécution, le droit devient une mise en scène vide.
Un jour, il faudra bien remercier ceux qui, comme Olivier Bourjot, auront refusé de faire semblant quand tout le système leur demandait de détourner les yeux.

