Olivier Faure n’a pas annoncé sa candidature. Il a fait mieux, ou pire : il a parlé comme s’il était déjà dans la course. Samedi, à l’université d’été du Parti socialiste à Blois, le premier secrétaire a prédit « l’effondrement du bloc central » à la présidentielle de 2027 et déroulé un discours aux accents programmatiques. Titre de son prochain livre, en septembre : Défendre la loi du plus juste. Transition climatique, école, « un autre futur est possible ». Le catalogue est là. Le peuple, beaucoup moins.
Une enquête Elabe publiée le même jour le crédite de 3,5 % des intentions de vote. Raphaël Glucksmann, lui, est à 12,5 % dans l’hypothèse où Édouard Philippe porte les couleurs du centre. L’écart n’est pas une péripétie de rentrée. C’est le vrai rapport de forces à gauche.
Faure a choisi la parade la plus usée du répertoire socialiste : François Hollande « a commencé à 3 % » avant l’Élysée. Le parallèle flatterait s’il n’était pas grotesque. Hollande héritait encore d’un appareil, d’un électorat et d’une gauche qui n’était pas déjà colonisée par LFI. Faure, lui, préside un parti qui vient de le mettre en minorité.
L’outsider qui n’existe que dans son bureau
Quatre candidats sont déjà sur les rangs pour la primaire. Glucksmann est arrivé vendredi à Blois sous les applaudissements. Il ne parle plus de congrès. Il dit vouloir « remporter la présidentielle ». Autour de lui : Carole Delga, Nicolas Mayer-Rossignol, et surtout Boris Vallaud, chef des députés socialistes, de nouveau affiché à ses côtés samedi.
Un proche de Vallaud résume le procès sans appel : Faure est « chef du parti depuis huit ans. S’il était vu comme un possible candidat à la présidentielle, ça se saurait. » L’eurodéputé François Kalfon va plus loin : Faure « n’est pas dans le match » et ne peut pas gagner.
Le premier secrétaire a jusqu’au 15 septembre pour se déclarer. En attendant, il joue le chef de groupe plus que le présidentiable. Les députés socialistes, dit-il, peuvent parler budget avec Matignon. Mais ils censureront « si la copie qui sort des débats est celle de MM. Attal et Philippe avec le soutien de l’extrême droite ». La formule est commode. Elle permet de menacer le gouvernement sans avoir à dire avec qui gouverner, ni comment sortir du piège Mélenchon.
Une primaire déjà verrouillée… et déjà minée
Faure voulait une primaire ouverte à tous les sympathisants de gauche, pour deux euros. Les militants ont choisi l’inverse en juillet : une primaire « fermée » PS–Place publique, à 15 euros l’adhésion. Première défaite interne nette du premier secrétaire.
François Ruffin, venu parler travail, a pris fait et cause pour Faure en comparant cette primaire à un videur de boîte : « Non, tu n’as pas la bonne gueule. » Matthieu Pigasse, absent, a appelé sur X à en faire « une main tendue » aux Écologistes et aux anciens insoumis. Son entourage n’exclut pas qu’il y participe. Ségolène Royal, seule femme déclarée à ce stade, brandit l’écologie et demande de « passer à l’action ». Marine Tondelier, elle, attendrait l’issue du scrutin avant de regarder vers LFI.
Autrement dit : même « fermée », la primaire n’est déjà plus un match à deux. C’est une auberge espagnole où chacun vient chercher une carte — écologiste, sociale, anti-LFI ou anti-Glucksmann — sans qu’un cap commun n’apparaisse.
Le vrai effondrement n’est pas celui qu’il désigne
Faure a raison sur un point : le « bloc central » est usé. Attal contre Philippe, macronisme sans Macron, droite orpheline tentée par le recentrage. Mais désigner l’adversaire en décomposition ne suffit pas à reconstruire un camp.
À gauche, le PS n’est plus le pivot. Il est le reste. Glucksmann capte ce qui veut encore une gauche européenne, atlantiste, présentable. LFI tient la rue, la jeunesse militante et la surenchère. Les Verts hésitent. Faure, lui, vend l’union avec les écologistes et les ex-Insoumis tout en étant contesté chez les siens. Le chef de parti sans parti utilisable, le candidat sans électorat mesurable, le stratège d’une primaire dont les règles se sont retournées contre lui.
Prédire l’effondrement du centre depuis Blois, à 3,5 %, pendant que Vallaud pose avec Glucksmann, ce n’est pas une rentrée. C’est un aveu. Le Parti socialiste n’entre pas en campagne. Il entre en liquidation disputée.
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