Kristalina Georgieva, à la tête du Fonds monétaire international (FMI), a jugé mercredi 14 octobre que la France aura besoin de temps pour ramener dette et déficit à des seuils susceptibles de rassurer.
En marge de l’assemblée annuelle de l’institution, réunie à Bangkok, la directrice générale a reconnu que « la France cherche actuellement à adopter un budget qui placerait son déficit et sa dette sur une trajectoire descendante ». Elle a toutefois averti : « Il faudra du temps pour les ramener à des niveaux susceptibles d’inspirer une entière confiance, tant de la part de la population que des investisseurs ».
À l’Assemblée nationale, l’examen du budget 2027 commence mardi. L’exécutif vise un déficit de 5 % du PIB pour l’année suivante, mais le texte risque de buter sur l’absence de majorité et la proximité de l’élection présidentielle. Sur le marché de la dette, l’emprunt français à dix ans frôle les 5 %, alors que la stabilité économique et politique du pays suscite des interrogations.
De façon plus générale, Mme Georgieva a pressé les dirigeants des pays avancés de rétablir sans délai la rigueur de leurs finances publiques, alors que les rendements de leurs obligations s’envolent. « Trop de pays n’ont pas profité de la reprise post-pandémie pour reconstituer leurs marges de manœuvre budgétaires, chaque nouveau choc a fait grimper davantage le niveau d’endettement », a-t-elle observé. « Cette fois-ci, ce sont les économies avancées qui sont les plus mauvais élèves. »
« Il faut réparer d’urgence les fondations budgétaires avant que les fissures ne s’élargissent. Le moment est venu d’accroître les recettes, de rationaliser les dépenses, d’améliorer la gestion des finances publiques », a-t-elle souligné.
Depuis la crise financière de 2008, puis la pandémie de Covid-19 et les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, le ratio dette/PIB a nettement grimpé dans les économies avancées. Les marchés obligataires expriment leur méfiance, du Japon à l’Europe et aux États-Unis : les rendements des bons du Trésor américain à 10 et 30 ans n’avaient pas été aussi élevés depuis 2002, au même titre que les taux français à dix ans.
Parmi les causes figurent l’inflation de l’énergie, qui conduit les banques centrales à monter leurs taux directeurs, la concurrence des émissions souveraines avec les levées de fonds des grands acteurs de l’intelligence artificielle, ainsi que les doutes sur la discipline budgétaire des États.
Les pays en développement en subissent les contrecoups. « La hausse des taux directeurs de référence prive les marchés émergents et les pays à faible revenu de leur filet de sécurité, exerçant une pression à la hausse sur le coût du service de leur dette », a indiqué Kristalina Georgieva. Elle a ajouté que la situation s’aggrave quand ces États sont déjà fragilisés par des conflits, le prix de l’énergie ou les effets d’El Niño sur la sécurité alimentaire.


