Lecornu propose au PS trois chantiers, sous condition d’un déficit à 5 %

Sébastien Lecornu, Premier ministre, a fait parvenir, mardi 13 octobre, un courrier à la direction du Parti socialiste et aux chefs de ses groupes parlementaires. Trois dossiers y sont mis en avant pour un travail commun : la jeunesse et l’avenir de notre école, l’agriculture, et les violences faites aux femmes ainsi que la protection des enfants.

Condition posée : maintenir le déficit public sur une trajectoire de 5 % du PIB à l’horizon 2027. Il écrit : « Le plus mauvais signal que l’Assemblée nationale pourrait envoyer serait celui du refus de la discussion budgétaire ».

Arthur Delaporte, porte-parole socialiste, a jugé que « le Premier ministre se moque de nous ». De son côté, la députée PS Mélanie Thomin a dénoncé chez le chef du gouvernement une « porte fermée à toute mesure de justice fiscale au nom de la sacro-sainte stabilité ».

Dans la soirée, les élus socialistes porteront une motion de rejet préalable contre le projet de budget 2027. À leurs yeux, l’exécutif n’a témoigné « aucune inflexion » à leur égard, en particulier sur « la mise à contribution des plus riches et la préservation des plus modestes ».

Sur cette motion visant la partie recettes, le soutien des groupes Insoumis, communiste et écologiste est acquis. Liot, côté indépendants, s’y opposera. L’attitude du Rassemblement national reste déterminante : s’il vote contre, le rejet de la motion devient probable et le texte pourra être examiné ; s’il vote pour, l’adoption de la motion et le renvoi en première lecture au Sénat paraissent vraisemblables ; en cas d’abstention, le score dépendra de la capacité de chaque camp à mobiliser.

David Amiel, ministre des Comptes publics, a parlé sur France 2 d’une « motion de boycott ». Il a ajouté : « Les taux d’intérêt flambent, le Parlement ne peut pas regarder ailleurs ».

En commission des finances, le texte, déjà remanié, a essuyé un refus : 31 voix contre, trois pour et deux abstentions. L’exécutif table sur environ 45 milliards d’euros d’économies et de recettes supplémentaires pour 2027 afin de tenir l’objectif de déficit. Parmi les leviers envisagés figure la contribution des retraités : dans le budget de la sécurité sociale, une sous-indexation concernerait les pensions dépassant 1 256 euros ; dans celui de l’État, le champ de l’abattement de 10 % applicable à l’impôt sur le revenu des retraités serait restreint.

Dépourvu de majorité, Sébastien Lecornu garde la possibilité d’activer l’article 49.3, comme l’année précédente, moyennant une non-censure. Les socialistes se montrent plus réticents qu’auparavant face à cette non-censure : ils reprochent à l’exécutif, qui s’en défend, de faire des gestes vers la droite nationale, via notamment un délai de carence avant le versement de certaines allocations aux étrangers.

Marine Le Pen a indiqué préférer qu’un budget soit adopté, fût-il « imparfait », jugeant pouvoir le retravailler en profondeur si elle l’emportait à la présidentielle. Autre option pour l’exécutif : les ordonnances budgétaires, jamais mises en œuvre jusqu’ici, qui autoriseraient l’adoption du budget sans scrutin une fois écoulés les 70 jours d’examen, soit après le 18 décembre.

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