Rohan Rane condamné à 20 ans pour tortures sexuelles en ligne

Vendredi 9 octobre, la cour d’assises de Paris a infligé vingt ans de réclusion criminelle à Rohan Rane, jugé pour avoir piloté un collectif en ligne qui forçait de jeunes filles — en majorité mineures — à des actes sexuels et à des mutilations. Le parquet général réclamait une peine de trente ans.

Âgé de 29 ans, de nationalité indienne, il a notamment été déclaré coupable d’extorsion en bande organisée, les actes de torture et de barbarie, visant surtout des mineures, constituant des circonstances aggravantes. Pendant cinq jours, les débats se sont déroulés à huis clos.

Principal animateur d’un groupe nommé « CVLT » ou « Cult », actif sur Discord durant la pandémie de Covid-19, Rohan Rane est présenté par les investigations comme le « donneur d’ordre principal » d’un cercle de jeunes hommes de diverses nationalités, teinté de nihilisme, de racisme, d’antisémitisme et d’une esthétique nazie.

Les enquêteurs ont identifié au moins une vingtaine de victimes. Six d’entre elles, qui ont entre 18 et 21 ans aujourd’hui, se sont constituées parties civiles. La plupart n’avaient pas atteint la majorité au moment des faits ; bon nombre avaient moins de quinze ans. Ciblées souvent parce qu’elles étaient juives ou noires, repérées sur des forums, elles subissaient des menaces de diffusion de clichés intimes ou de fausses alertes destinées à faire intervenir la police. Sous cette pression, elles devaient se livrer à des actes sexuels, se scarifier en gravant des croix gammées ou le nom de leurs bourreaux, et parfois étaient poussées au suicide.

C’est un signalement du National Center for Missing and Exploited Children (NCMEC), structure américaine de protection de l’enfance, qui a déclenché l’ouverture de l’affaire en novembre 2020 : l’organisme avait repéré des images montrant une enfant de douze ans, torse dénudé, incitée à graver le prénom « Rohan » sur son corps. Arrivé en France pour suivre une école de commerce à Antibes, puis devenu coach sportif, Rohan Rane a été interpellé sur le territoire français début 2021.

Une note attribuée à l’accusé, transmise par les autorités judiciaires américaines, présente « CVLT » comme un « culte obscur et sadique » ; il y affirme : « Mon but ultime est de créer une réserve inépuisable de personnes masochistes pour satisfaire mon sadisme. » Aux États-Unis, un autre membre du groupe, de nationalité américaine, a été condamné pour avoir enlevé et violé une enfant de douze ans en 2021. En France, Rohan Rane n’était pas poursuivi pour complicité de ce crime.

Lundi, à la demande américaine, la cour avait ordonné le huis clos, citant des intimidations et des menaces à l’encontre de victimes, de témoins ou de procureurs américains. L’avocat des parties civiles, Hippolyte Marquetty, a souligné que celles-ci souhaitaient au contraire un procès public, pour qu’il puisse avoir une portée pédagogique auprès d’autres adolescentes.

Une fois sa peine purgée, Rohan Rane devra quitter la France. Les États-Unis demandent à le juger également.



Le Journal des Francais