Sefcovic à Pékin pour éviter une escalade commerciale avec la Chine

Le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, entame jeudi 8 octobre deux jours de discussions à Pékin. Objectif : convaincre la Chine d’agir de manière concrète et significative pour rééquilibrer la relation commerciale et prévenir une montée des tensions.

Le déficit commercial de l’Union européenne vis‑à‑vis de la Chine s’élève depuis 2025 à près d’un milliard d’euros par jour. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a parlé d’un « point de bascule » ; dans ce contexte, Bruxelles brandit la menace de mesures, tandis que Pékin annonce qu’elle répondra à toute disposition perçue comme contraire à ses intérêts.

Le dialogue entre les deux parties se poursuit depuis plusieurs mois. Du côté européen, on met en cause l’accès restreint des firmes de l’UE au marché chinois, une monnaie jugée sous‑évaluée, l’usage stratégique des chaînes d’approvisionnement et les aides publiques massives dont bénéficieraient, selon Bruxelles, les entreprises chinoises. S’y ajoutent des surcapacités industrielles dont le trop‑plein, écoulé à bas prix en Europe, fragiliserait des filières telles que l’automobile. Pékin conteste ces griefs. Des experts soulignent par ailleurs les fragilités et les points faibles de l’économie européenne.

Mi‑octobre, les chefs d’État et de gouvernement de l’UE se retrouvent en sommet. Paris et Berlin y porteront une proposition visant à conférer à l’Europe, au‑delà des leviers déjà disponibles, un mécanisme capable d’écarter en quelques jours du marché intérieur les biens et services d’un pays engagé dans une guerre commerciale avec l’Union. La Chine n’y figure pas nommément ; un tel outil préparerait néanmoins le terrain à une confrontation commerciale ouverte.

Le ministère chinois du Commerce a exhorté Berlin et Paris à « s’abstenir d’encourager l’UE à recourir à des outils protectionnistes à tout bout de champ », dont elles risquent au final de « subir elles‑mêmes les conséquences ».

Terres rares et objectifs européens

Parmi les sujets d’inquiétude figure celui des terres rares, ressources critiques pour de nombreuses industries stratégiques. La Chine concentre l’essentiel de leur exploitation et de leur raffinage. Très dépendante, l’Europe avait durement ressenti les restrictions à l’export décidées par Pékin en 2025.

Selon un porte‑parole de l’exécutif européen, M. Sefcovic vise à obtenir de Pékin des « premiers résultats concrets ». Bruxelles souhaite notamment des réductions volontaires des exportations dans des domaines clés, dont les véhicules hybrides, et un meilleur accès aux terres rares.

Bernd Lange, président de la commission du commerce international du Parlement européen, a rappelé dans un communiqué que la dépendance de la Chine aux exportations, combinée aux difficultés économiques internes du pays, donne à l’UE une marge de négociation. « L’Europe est prête à coopérer. Mais s’il n’y a pas de résultat substantiel, l’Union européenne doit agir et définir les prochaines étapes en novembre », a‑t‑il déclaré.

Compter sur un accord d’ensemble serait « irréaliste », a indiqué à l’AFP Ignacio Garcia Bercero, expert à l’institut Bruegel ; en revanche, « si l’on réussissait à identifier un secteur où tester un accord de limitation des exportations avec la Chine, ce serait déjà un pas en avant ».

Zhu Tian, professeur à la China Europe International Business School de Shanghai, indique que « la Chine reconnaît l’existence de déséquilibres commerciaux » avec l’UE, mais « elle rejette l’analyse de cette dernière selon laquelle ces problèmes seraient principalement dus à des surcapacités chinoises ou à une concurrence déloyale ». « Les deux parties ont tout intérêt à éviter une guerre commerciale, je pense donc qu’un terrain d’entente est possible », a‑t‑il ajouté. Il s’attend toutefois à « la poursuite des négociations et à la conclusion d’accords sur des points précis, plutôt qu’à un règlement global ».

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