Selon le ministère de l’Éducation nationale, la mobilisation lycéenne marquait un « net recul » mercredi 7 octobre à la mi-journée. Les cours étaient suspendus, en totalité ou en partie, dans 459 établissements (276 totalement, 183 partiellement), alors qu’ils l’étaient dans 891 la veille. Depuis le matin, 232 établissements faisaient l’objet d’actions ou de perturbations, contre 496 mardi à la même heure, soit une baisse de plus de moitié.
Un appel à la grève et aux manifestations a été lancé pour jeudi par plusieurs syndicats, auxquels se joignent FO, le Snes-FSU, Sud et la CGT. Dès mardi, le président de l’Union syndicale lycéenne, Ryad Rani, a invité à poursuivre la mobilisation « après le raz-de-marée du 6 octobre » et, « dès demain », à « la mobilisation générale ».
Entre deux journées d’action, le Premier ministre Sébastien Lecornu a multiplié les signes d’apaisement. Sur X, il a affirmé : « La parole lycéenne est précieuse et doit être entendue ». Il invite les élèves à s’exprimer au sein de leurs établissements comme sur la plateforme Agora, ouverte lundi soir pour collecter les doléances et qui totalisait mercredi 30 000 contributions. Il suggère également d’organiser des demi-journées banalisées, sans enseignement, afin de faire remonter les difficultés des élèves et des personnels. Une allocution de sa part était prévue en fin de journée.
Le SNPDEN-Unsa, principal syndicat des chefs d’établissement, rejette ces demi-journées, jugées irréalisables, irresponsables et improvisées, et réclame une audience auprès du président de la République en présence d’élèves. Pour Ryad Rani, il s’agit d’une « tentative de museler le débat, de noyer le poisson et de gagner du temps ».
Après qu’un lycéen de 15 ans a été blessé lundi à Lens, Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, a décidé de suspendre le recours aux grenades assourdissantes. Sur RTL, il a déclaré : « Je suspends leur usage pour le mouvement des lycéens tant que la lumière n’a pas été faite sur ce qui s’est passé dans cette affaire. » Il a ajouté : « Uniquement pour le mouvement lycéen, le temps de comprendre ce qui s’est passé. » Louis Laugier, directeur général de la police nationale, avait dès mardi informé ses services par télégramme que l’emploi de la grenade assourdissante ASSD se trouvait suspendu « à titre conservatoire », « le temps que les circonstances de la blessure du jeune homme à Lens soient établies ». Devant l’inspection générale de la police nationale (IGPN), dix-huit enquêtes ont été ouvertes, a indiqué M. Nuñez. Selon le maire de Wingles, l’adolescent a d’abord subi l’amputation de la main gauche, puis une greffe.
Auditionné en commission à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray a indiqué qu’environ 30 000 lycéens se trouvaient « privés de cours » en présentiel « pour plusieurs semaines » dans les 24 lycées « incendiés ou saccagés » au point de ne pouvoir rouvrir avant plusieurs semaines. Il a évoqué un « préjudice évidemment, qui est absolument énorme en termes de scolarité », tout en assurant qu’une « continuité pédagogique » était maintenue. Concernant les revendications de fond, il a écarté tout retour en arrière sur la réforme du baccalauréat, tout en concédant qu’elle avait complexifié les emplois du temps. Il a par ailleurs annoncé le recensement des titulaires en zone de remplacement dépourvus de poste, en vue de les réaffecter d’ici la fin de semaine, et précisé que la plateforme Agora s’inscrivait dans ses travaux sur la démocratie scolaire.
Parmi les revendications lycéennes figure notamment la suppression de Parcoursup, rejetée par le ministre de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste, pour qui « cette question est d’une immense démagogie ». Dans le supérieur, un autre front s’est ouvert : selon le ministère, 40 % des établissements connaissaient des perturbations mardi. Mercredi matin, l’Union étudiante dénombrait 80 campus bloqués, soit 20 de plus que la veille. Sa porte-parole, Sabrine Kharbach, a affirmé : « On ne va rien arrêter ». M. Baptiste devait recevoir mercredi d’abord les organisations professionnelles, puis les organisations étudiantes.
Mardi, la journée de mobilisation nationale a rassemblé de 266 000 à 450 000 personnes, sans incidents majeurs. Depuis le début du mouvement, près de 800 policiers et gendarmes ont été blessés, de même que 85 personnels de l’Éducation et 215 élèves. Les interpellations s’élèvent à 6 547, dont 488 mardi. Mercredi à Paris, plusieurs établissements demeuraient bloqués, tout comme Sciences Po. À Bordeaux, un lycée restait seul bloqué, tandis que deux autres étaient fermés en raison de dégradations.


