Quinze personnes sont visées par des réquisitions du parquet formulées en juin : douze devraient comparaître devant le tribunal correctionnel, trois relèvent d’une procédure de plaider-coupable. L’affaire porte sur des soupçons de corruption autour de la fourrière de Paris. Neuf policiers — toujours en poste ou frappés d’interdiction d’exercer — comptent parmi les mis en cause. Un juge d’instruction doit encore se prononcer sur ces demandes.
L’instruction, ouverte en 2022, s’articule autour de Chafic Alywan, dirigeant d’Inter Dépannage, société chargée de la mise en fourrière. Il lui est reproché d’avoir, de 2016 à 2023, corrompu des agents publics en leur accordant prêts de véhicules, avantages en nature ou prestations non facturées.
Les investigations mettent notamment en cause Fabrice A. : des caisses de champagne lui auraient été livrées au commissariat, et l’entrepreneur aurait embauché comme mécanicien le compagnon de sa fille. Il est aussi soupçonné d’avoir renseigné le chef d’entreprise sur des procédures le visant. Des procès-verbaux relatifs à la société ont été saisis à son domicile ; l’intéressé a expliqué qu’ils devaient servir à « allumer le barbecue ».
Un second fonctionnaire de police aurait brandi son arme de service pour menacer de mort des salariés de Chafic Alywan, afin de les dissuader d’engager tout contentieux contre leur patron. L’entrepreneur aurait par ailleurs obtenu un appui pour des démarches visant des employés qu’il souhaitait licencier, au moyen de plaintes déposées à leur encontre.
Rattaché à la direction nationale de la police aux frontières (DNPAF), Sylvain D. aurait reçu des prêts de voitures ainsi qu’un soutien financier pour son association de football. En retour, il aurait fourni à Chafic Alywan des badges ouvrant l’accès aux zones réservées des aéroports. Ces laissez-passer auraient servi à faire passer d’importantes quantités d’espèces à bord d’appareils d’une compagnie libanaise, en direction du Liban, pays dont est originaire le dirigeant, pour les soustraire au fisc français. Le dispositif allégué passait par la coupure des terminaux de carte bancaire, ce qui produisait environ 30 000 euros de liquidités tous les dix jours.
Au-delà des policiers, le parquet demande aussi le renvoi en correctionnelle de Dominique T., ex-cadre de la préfecture des Hauts-de-Seine, et d’Évelyne Stirn, veuve de l’ancien ministre Olivier Stirn, mort en 2025. Selon le dossier, Mme Stirn aurait disposé d’un chauffeur mis à disposition par Chafic Alywan, sans que le paiement de cette prestation soit établi.
Nabil Boudi, avocat de Chafic Alywan, a indiqué à l’AFP que son client « a toujours contesté l’intégralité des faits et a participé à l’information judiciaire, en apportant des éléments démontrant qu’il ne s’est jamais enrichi personnellement, bien au contraire ». Il se dit « serein quant à l’issue de la procédure le concernant » et affirme que « son innocence et son honneur seront rétablis ».
Me Julien Roelens, qui défend Évelyne Stirn, rejette les poursuites. « Le parquet persiste à vouloir poursuivre Évelyne Stirn pour avoir été la cible de calomnies, et malgré un dossier vide la concernant », a-t-il déclaré. « Il s’agit d’une affaire de corruption policière, et salir injustement son nom n’y changera rien », a-t-il poursuivi.


