Jean-Luc Mélenchon a cessé de prétendre jouer au rassembleur. À sept mois de la présidentielle, le quadruple candidat a repris le marteau. Non pour frapper un adversaire politique, mais pour fendre ce qui reste de paix civile.
Le mouvement des lycées lui a offert l’occasion. Il s’en est emparé. Consigne a été donnée aux troupes de s’« interposer » entre des élèves présentés comme « inoffensifs » et les forces de l’ordre. Celles-ci sont accusées de « sauvagerie policière », avec un « arrière-goût raciste évident ». Mardi, le tribun a ajouté la phrase qui compte : « Il n’y aura ni oubli ni pardon pour personne. » Ce n’est plus une critique de maintien de l’ordre. C’est une mise en accusation permanente de l’État, doublée d’une promesse de règlement de comptes.
Ses proches ont un nom pour la méthode : la campagne « à coups de marteau ». Frapper très fort, laisser l’onde se propager, remonter sur l’Aventin entre deux détonations. L’un de ses lieutenants résume le calcul : LFI n’a plus à « faire son trou ». Elle occupe la place et s’estime assez forte pour imposer ses thèmes. Le thème, cette semaine, est le conflit. Le « eux contre nous » que Mélenchon théorise depuis plus de dix ans : d’un côté le « parti de l’ordre », de l’autre un « peuple naturellement rebelle » dont il se veut le capteur. Un cadre de gauche qui l’a longtemps côtoyé le dit sans détour : les appels au calme, « c’est pour le bloc bourgeois ».
Le chaud et le froid ne changent rien au fond. Quand le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, juge que la violence peut être « légitime », Mélenchon rectifie et réclame des « méthodes de lutte non-violentes ». Jeudi soir, devant les siens, il a parlé de « discipline du combat » et demandé aux Insoumis d’être « le sang-froid de la masse ». Le lexique reste martial. L’« inconscient révolutionnaire » qu’il croit ancré dans le peuple français est réveillé à dessein. La révolution se voudrait « citoyenne » et passerait par les urnes. Le rapport de force, lui, « se joue partout ». Dans l’état-major, on parle déjà d’un « dégagisme radical » qui trouvera son débouché. Le moment n’est pas venu d’adoucir les traits. La « cocotte-minute » sociale doit rester sous pression.
Le calcul électoral est limpide. Une partie de ces lycéens voteront au printemps. Mélenchon mise sur une « socialisation inversée » : les jeunes convainquent parents et grands-parents. Un vieux routier socialiste traduit : ces blocus sont une répétition générale, et cette jeunesse doit devenir « le fer de lance de la résistance à Marine Le Pen ». Il avait manqué moins d’un demi-million de voix au second tour en 2022. La rue doit combler l’écart que les urnes n’ont pas donné.
C’est précisément là que le tribun devient un problème d’ordre public, et non plus seulement un problème d’opinion. Instrumentaliser des mineurs, désigner la police comme une force sauvage et raciste, promettre qu’il n’y aura ni oubli ni pardon : ce triptyque n’est pas une campagne. C’est une stratégie de conflictualisation assumée, au moment où des établissements sont bloqués et où l’exécutif, par la voix de Sébastien Lecornu, parle déjà de « surenchère irresponsable ». Bruno Retailleau pose, de son côté, la question de l’interdiction d’un parti qu’il juge séditieux, occupé à « organiser l’insurrection ». On peut discuter la réponse juridique. On ne peut plus discuter le fait.
Mélenchon marche sur une ligne de crête, disent ses observateurs : mobiliser le noyau dur sans rien céder de la radicalité, quitte à redorer plus tard le costume du « rassembleur » mitterrandien si un second tour se présente. Ses stratèges appellent ces discussions « de la science-fiction ». Un ancien compagnon de route est plus net : il ne faut pas confondre Mélenchon avec le serpent Kaa. « Aie confiance » n’est pas un programme.
Les sondages, à ce stade, le condamnent à une défaite sévère face à Marine Le Pen. Chaque violence devant un lycée la renforce sans qu’elle ait à bouger. Peu importe. Le candidat n’a pas choisi la respectabilité. Il a choisi le marteau. Un homme qui fait de la fureur lycéenne un levier, de la police un ennemi racialisé et de l’oubli un crime ne travaille pas à l’alternance. Il travaille contre la paix civile. Et une France sans paix civile n’est plus un pays stable. C’est une cocotte-minute dont il espère tenir le couvercle jusqu’au scrutin.
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