Devant la cour d’assises des Pyrénées-Orientales comparaissent ce jeudi 1er octobre 2026 un épicier, son frère et un troisième homme, poursuivis pour leur implication présumée dans l’incendie de la nuit du 13 au 14 février 2022 à Saint-Laurent-de-la-Salanque, sinistre qui a fait huit morts.
Le sinistre a pris naissance dans une épicerie du centre de la localité, peuplée d’environ 10 000 habitants, puis s’est étendu aux immeubles contigus des 9 et 11 de la rue Arago. Les occupants logés au-dessus du commerce ont survécu. Dans l’immeuble voisin, en revanche, un couple de parents âgés de 20 ans a péri avec ses deux enfants — 4 ans et 18 mois — ainsi que le père de la jeune femme ; trois autres résidents d’appartements du même bâtiment ont aussi trouvé la mort.
La section de recherche de Montpellier a écarté un scénario accidentel. Les expertises concluent que de l’essence a été projetée à l’intérieur du magasin.
Grièvement brûlé, Madjid Mekhelfi, Algérien alors sans titre de séjour, a été découvert à proximité. Des traces d’essence ont ensuite été relevées sur ses vêtements. Deux mois après le drame, placé en garde à vue, il a avoué avoir mis le feu. Selon lui, le gérant Khaled Ben Abdeljelil le lui aurait demandé pour toucher une indemnité d’assurance, en échange d’un emploi et d’un concours pour régulariser sa situation.
Khaled Ben Abdeljelil, 46 ans, et son frère Raouf, 44 ans, tous deux tunisiens, nient toute participation. Ils relativisent leurs relations avec Madjid Mekhelfi, 32 ans, alors que des témoignages indiquent que le cadet l’hébergeait et que l’intéressé prêtait parfois assistance au magasin.
Figurent aussi au dossier la rénovation du système anti-incendie de l’épicerie et un avenant au contrat d’assurance, intervenu cinq jours avant les faits, qui a relevé le plafond des indemnités en cas de sinistre.
Les avocats de Madjid Mekhelfi, Gérald Brivet-Galaup et Héloïse Dulieu, ont déclaré à l’AFP : « Qui a eu cette idée ? À qui profite le crime ? Ce n’est pas à notre client ». Ils indiquent que leur client a conscience d’avoir été « manipulé, utilisé, instrumentalisé, pour des faits d’une gravité sans nom ».
Elise Arfi, avocate de Khaled Ben Abdeljelil, rejette la thèse retenue : « Ça ne coule pas de source, cette théorie de l’escroquerie à l’assurance qui nous est servie. » Elle affirme que son client est resté « constant », tandis que la version de Madjid Mekhelfi « a changé d’une audition sur l’autre ». Les conseils de ce dernier répliquent qu’il « a toujours été dans une position de vérité, dès sa garde à vue ».
Cinquante-cinq personnes se sont constituées parties civiles. Les débats doivent se poursuivre jusqu’au 16 octobre. Nicolas Nassier, conseil de la famille de la jeune mère décédée, dit attendre que les accusés « prennent leur responsabilité », estimant que « la justice passera et dira ce qu’elle pense de cette terrible affaire ».


