À la veille d’un budget examiné en Conseil des ministres, le Premier ministre Sébastien Lecornu a mis en garde mercredi contre le renchérissement du crédit pour la France. « Le réel nous rattrape », a-t-il écrit.
La veille, l’État s’est financé à dix ans autour de 4,8 %, après 3,5 % un an plus tôt. Un tel palier n’avait plus été atteint depuis 2008 ; les taux décennaux ont franchi ce niveau pour la première fois depuis la crise financière. Face au Bund allemand, étalon européen, l’écart avoisine 1,20 point de pourcentage, situation inédite depuis 2012.
M. Lecornu relève que « Les tensions énergétiques poussent les taux à la hausse dans de nombreux pays » et que « en France, l’incertitude politique à l’approche de la présidentielle ajoute à cette pression ». Aux formations qui discuteront le texte au Parlement, il lance : « N’ajoutons pas de l’instabilité à ces difficultés ».
En 2026, le déficit public a glissé à 5,4 % au lieu de l’objectif de 5 %. La dette continue de croître et doit atteindre un sommet en 2027. « Davantage d’intérêts à payer, c’est moins de moyens pour les priorités du pays », met en garde le chef du gouvernement, convaincu que « cette réalité s’impose à tous », candidats à la présidentielle compris.
Jeudi, il présentera « un budget de redressement » — trajectoire déjà esquissée à la mi-septembre, pour un effort de 54 milliards d’euros. Il se dit prêt à rester « à la disposition de chacun pour construire les compromis nécessaires et aboutir » afin que le texte soit adopté.
À l’approche de l’élection, un vote solennel semble presque hors de portée. En cas de blocage, l’exécutif écarte une loi spéciale prolongeant à titre provisoire les crédits de 2026, qu’il juge susceptible d’aggraver encore le déficit. Deux leviers demeurent : l’article 49.3 de la Constitution, qui exige un projet assez consensuel pour éviter la censure du Parti socialiste comme du Rassemblement national, ou le recours aux ordonnances, jamais employées jusqu’ici.


