En ouverture d’une journée investisseurs, le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a marqué lundi sa foi dans le modèle du groupe. « Le message aujourd’hui est un message de confiance dans le business model de TotalEnergies », a-t-il résumé, avant de souligner que l’entreprise faisait « la démonstration que nous sommes très résilients » face aux crises.
La feuille de route hydrocarbures reste inchangée. Entre 2030 et 2035, la production de pétrole et de gaz devra progresser de 2 à 3 % chaque année. Jusqu’en 2030, l’ensemble de la production énergétique — pétrole, gaz et électricité — est censé croître de 4 % par an ; pour les seuls hydrocarbures, la hausse moyenne attendue dépasse 3 % par an sur 2025-2030.
Au deuxième trimestre 2026, le bénéfice a été multiplié par deux, à 5,4 milliards de dollars. Le conseil d’administration retient désormais l’objectif d’une « augmentation de plus de 5 % par an du dividende au titre des exercices 2026 à 2030 ».
Raffineries européennes à pleine capacité
Le raffinage, souvent dans le rouge, a bénéficié, selon le dirigeant, du recul des exportations pétrolières provoqué par la fermeture du détroit d’Ormuz et par le conflit dans le Golfe. « Elles tournent toutes à pleine capacité et elles sont comme des mines d’or, cette année », a-t-il déclaré au sujet des sites européens du groupe. En France, l’activité demeure structurellement déficitaire : plus de 5 milliards d’euros de pertes accumulées sur une quinzaine d’années. TotalEnergies y conserve trois raffineries et y consacre près de 500 millions d’euros d’investissements annuels.
Selon Vincent Stoquart, directeur général du raffinage et de la chimie, les rendements des unités ont été ajustés pour privilégier carburéants aviation et diesel, deux produits sous tension sur les marchés mondiaux. Plusieurs maintenances ont été décalées. Celle de la raffinerie de Normandie, près du Havre — principale installation française du groupe — a été reportée à l’an prochain, alors qu’elle devait s’ouvrir dans les jours suivants.
« Bien sûr, quand les prix de l’énergie grimpent en flèche, nous tirons largement parti de cette perturbation », a expliqué Patrick Pouyanné. Côté électricité, le groupe entend conserver, sur 2030-2035, le même rythme d’expansion, pour porter cette énergie à 25 % de son mix à l’horizon 2035.
Réactions et débat sur une taxe
Greenpeace a dénoncé que « la multinationale se moque des drames vécus cet été – entre feux destructeurs, canicules suffocantes et sécheresse inédite – largement liés à la combustion d’énergies fossiles ». L’ONG a aussi jugé qu’« en pleine crise sociale, TotalEnergies ose annoncer une nouvelle augmentation des versements de dividendes, confirmant ainsi une stratégie éhontée visant à récompenser grassement ses actionnaires ».
De son côté, Follow This, organisation d’actionnaires activistes, a déploré que « la croissance de TotalEnergies dans le secteur du pétrole et du gaz aille à l’encontre de ses déclarations en matière de transition énergétique ». Elle rappelle qu’en 2023 le groupe tablait sur une part de 33 % d’investissements dédiés aux énergies à faible émission de carbone d’ici 2030, alors qu’environ 20 % seulement vont encore aujourd’hui à l’électricité.
Une taxe sur les compagnies pétrolières a été réclamée vendredi par six pays européens, sous l’impulsion notamment de l’Allemagne. Le ministre français de l’Économie, Roland Lescure, n’y est pas favorable.
Diesel américain
Patrick Pouyanné a aussi qualifié de « mauvaise idée », devant les investisseurs, une éventuelle interdiction d’exporter le diesel américain, piste à laquelle Donald Trump s’est dit ouvert la semaine dernière. Une telle décision, a-t-il prévenu, risquerait de pousser les raffineries des États-Unis à diminuer leur capacité de traitement et de renchérir l’essence sur le marché américain. Il a invité les autorités américaines à raisonner dans une « perspective mondiale », au-delà des seules élections de mi-mandat. En cas d’interdiction, le recours aux réserves stratégiques lui paraît la seule issue.
D’après la Commission européenne, le diesel américain représentait 50 % des importations de ce carburant dans l’Union européenne au mois d’août, depuis la fermeture du détroit d’Ormuz. Le litre de diesel y a frôlé en moyenne 2,23 euros la semaine dernière. Jeudi, l’Union européenne avait jugé l’idée d’interdiction « très mauvaise » et multiplié les contacts de haut niveau avec l’administration américaine.


