Solidarité Paysans redoute une hausse des demandes d’aide cet hiver

L’association Solidarité Paysans s’attend à une forte augmentation des demandes d’accompagnement cet hiver, après une sécheresse qualifiée d’historique. Elle le souligne à l’occasion de la publication, mercredi, de son premier rapport annuel.

En Charente-Maritime, un éleveur de chèvres et producteur de céréales de 64 ans, installé depuis 1981, a perdu 30 % de sa production de lait en raison de la chaleur. Ses réserves de foin destinées à nourrir le troupeau cet hiver diminuent depuis plusieurs mois et les rendements des grandes cultures sont faibles. Sans irrigation, il n’a pas disposé d’eau depuis avril. Face au coût des intrants et du gasoil, il a accru ses surfaces en jachère.

Créée en 1992, Solidarité Paysans propose un accompagnement gratuit assuré par 1 300 bénévoles, souvent d’anciens agriculteurs, en binôme avec l’un de ses 111 salariés. En 2025, le réseau a aidé plus de 4 000 exploitants peinant à « vivre dignement » de leur métier, précise le rapport.

Philippe Rousteau, bénévole en Charente-Maritime, indique que l’association est « neutre et gratuite, en dehors de la cotisation annuelle », qu’elle écoute et oriente vers les services adaptés, en lien avec ses partenaires. Pauline Ferreira, salariée, rappelle que la démarche doit venir des agriculteurs eux-mêmes : une intervention forcée, y compris par un conjoint, ne fonctionne pas.

L’association constate une hausse des appels, au plan local comme national. « On s’attend à beaucoup de demandes cet hiver. Seuls, ils ne peuvent pas s’en sortir. Le malaise est profond », affirme Pauline Ferreira, qui décrit une partie des exploitants comme déprimée et une autre comme en colère.

Jean-François Fruttero, président de la Caisse centrale de la Mutualité sociale agricole (MSA), confirme que « la sécheresse majeure a des effets considérables sur la santé psychologique et physique des exploitants » et que l’agriculture bascule « dans une crise plus structurelle que conjoncturelle ».

Partenaire de l’association, la MSA a déployé plusieurs dispositifs pour prévenir le mal-être agricole. Le service Agri’écoute fonctionne 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, avec un psychologue. Magalie Rascle, directrice déléguée aux politiques sociales, souligne que les premiers motifs d’appels ne sont pas les difficultés financières mais l’isolement, la pression familiale ou l’« agribashing ». Des « sentinelles » du monde rural repèrent les situations de détresse ; la MSA propose aussi des échéanciers de cotisations et une aide au répit.

Agri’écoute a enregistré 4 230 appels en 2025. La MSA redoute d’atteindre 6 000 d’ici la fin de l’année, les répercussions de l’été difficile devant se faire sentir sur l’ensemble des filières. Solidarité Paysans et la MSA constatent une augmentation des sollicitations. Pauline Ferreira souligne que le risque suicidaire demeure, malgré la formation des bénévoles et les plans de prévention.



Le Journal des Francais