Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, a dévoilé ce mardi 22 septembre « Impulsion IA 2027 ». Ce plan regroupe douze mesures destinées à faciliter l’intégration de l’intelligence artificielle dans la sphère professionnelle.
« Sans action déterminée de notre part, l’IA façonnera un monde qui ne sera pas forcément ce que nous voulons », a averti le ministre. Selon lui, l’IA est susceptible d’« améliorer les conditions de travail » en éliminant certaines tâches, tout en pouvant « entraîner l’intensification du travail » et « renforcer les inégalités entre métiers et qualifications ».
Quatre-vingts millions d’euros de crédits supplémentaires financent ce dispositif. Le ministère du Travail se voit imposer 2,5 milliards d’euros d’économies pour le budget 2027 ; d’après l’entourage de M. Farandou, le choix s’est porté sur les actions au meilleur retour sur investissement, susceptibles d’établir vite un cadre que d’autres acteurs pourront reprendre.
Le diagnostic ministériel met en avant un retard de la France et le danger de fractures supplémentaires : les PME recourent moins à l’IA que les grands groupes. L’Insee relève qu’en 2025, 18 % des entreprises françaises ont eu recours à au moins une technologie d’IA, un niveau deux fois inférieur à celui des pays européens les plus en pointe.
Acculturation et formation
Six des douze mesures visent l’acculturation des actifs. Explore IA, plateforme gratuite ouverte à tous sans condition préalable, permettra d’évaluer son niveau et d’emprunter des parcours conçus de manière ludique.
La formation des apprentis fera l’objet d’une seconde plateforme, centrée sur les compétences jugées indispensables — développeurs IA et métiers de la cybersécurité en tête. Un soutien financier sera apporté aux centres de formation des apprentis (CFA). Le projet de loi de finances 2027 prévoit la création d’un fonds national pour les CFA, ainsi qu’une majoration du financement public au profit des formations en apprentissage considérées comme stratégiques.
Via France Travail, les demandeurs d’emploi passeront un test de « maturité » IA avant d’accéder à un parcours individualisé. La réforme du compte personnel de formation (CPF) doit faire de l’IA une priorité nationale, en multipliant les cofinancements afin de réduire le reste à charge. Le ministère souhaite également mettre en place une certification professionnelle portant sur l’usage de l’IA dans l’exercice du métier.
Des cellules d’intervention en entreprise auront pour mission de sensibiliser les PME à l’IA, en particulier pour le recrutement. Un accompagnement sera proposé aux branches professionnelles afin d’organiser le dialogue social sur ce sujet.
Risques et encadrement
Roland Lescure, ministre de l’Économie, a jugé qu’« on ne pouvait pas attendre les échéances électorales pour accélérer », et a rappelé qu’il faut se montrer « créatifs » face à des « risques énormes » touchant la cybersécurité, les biais algorithmiques et la désinformation. La consommation d’énergie et d’eau suscite aussi des préoccupations.
Plusieurs dispositions de l’acte sur l’IA, le règlement européen sur l’intelligence artificielle, s’appliquent depuis août. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) devra rédiger un guide des règles en vigueur. La création d’un observatoire de l’impact de l’IA est prévue. Dans une vingtaine d’entreprises et de branches, de nouvelles formes de « dialogue social technologique » seront testées, avec le concours de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact).
Plusieurs organisations syndicales et patronales ont indiqué, la semaine dernière au terme de la conférence Travail Emploi Retraites, qu’elles étaient disposées à ouvrir une négociation sur l’IA.


