Notifié le 2 juillet à la Collectivité territoriale de Martinique (CTM) puis rendu public mardi 15 septembre, le rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) qualifie de « critique » les finances de l’institution, qu’elle estime minées par un « déséquilibre financier structurel ». Les élus de l’Assemblée territoriale doivent en débattre le 24 septembre.
Avec 977 millions d’euros d’encours, la dette a augmenté de 28 % depuis 2021. Les délais de règlement des factures atteignent 131 jours — le double d’avant — alors que la loi impose 30 jours. Issue de la fusion, en 2016, des compétences régionales et départementales, la CTM gère un budget supérieur au milliard d’euros.
Entre 2022 et 2024, l’épargne brute (recettes de fonctionnement moins dépenses courantes) s’est contractée de 60 %, pour s’établir à 48,5 millions d’euros. Mesurée en années d’épargne brute nécessaires à l’apurement intégral du stock de dette, la capacité de désendettement a doublé : 10 ans en 2021, 20 ans en 2024, bien au‑delà du plafond de référence national fixé à 9 ans.
La collectivité a, en décembre 2025, étalé sur 20 ans le profil de 16 emprunts, au prix de 54,5 millions d’euros de charges financières additionnelles. Ce faisant, elle « a fait le choix de reporter le remboursement de la lourde charge de la dette sur les générations futures », constate la chambre.
Serge Letchimy (Parti progressiste martiniquais), président de l’exécutif, prend « acte » des conclusions dans sa réponse jointe au rapport définitif et affirme que la CTM appliquera « l’intégralité des 15 recommandations ». « La mandature en cours n’est pas à l’origine de ce déséquilibre : elle en a hérité », a‑t‑il ajouté. L’institution met en avant un « effet de ciseaux » : de 2022 à 2025, les recettes de fonctionnement n’ont crû que d’environ 1 %, contre près de 12 % pour les dépenses.
M. Letchimy invoque aussi la « contraction tendancielle » des concours de l’État, facteur selon lui d’érosion de l’autonomie financière. La CRC enregistre effectivement un recul de 7,4 % des dotations et participations perçues entre 2021 et 2024 (de 296 à 274 millions d’euros). Elle souligne cependant la hausse de 10,3 % des recettes fiscales locales sur la même période, ainsi que le rôle d’autres choix « à la main de la CTM », dont le recours à l’emprunt, dans la dégradation observée.
Sur la fiabilité des comptes, la chambre « déplore » l’absence de suite donnée à huit des dix préconisations formulées dès 2021 : elles n’ont « pas été suivies d’effet ».
Auprès de l’AFP, le conseiller territorial Francis Carole, président du Parti pour la libération de la Martinique, a fustigé une situation « structurellement catastrophique » et « un affaiblissement durable de sa capacité à investir et à financer ses politiques publiques ».


