Agriculteurs : doléances au Salon de l’élevage avant le budget 2027

Au Salon de l’élevage de Rennes, mardi 15 septembre, les syndicats agricoles ont exposé leurs revendications en vue du budget 2027. La ministre de l’Agriculture Annie Genevard s’y est déplacée sans dévoiler de mesures supplémentaires, dix jours seulement après qu’une enveloppe supérieure à un milliard d’euros a été promise pour amortir une fraction des dégâts estivaux causés par la sécheresse et les canicules.

Face aux retards d’acheminement des secours d’urgence vers les fermes, elle a rappelé qu’il fallait d’abord les faire arriver sur le terrain avant d’envisager toute extension. « Le compte n’y est toujours pas », a tranché François Walraet (Coordination rurale). Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, a pour sa part déclaré : « On ne peut pas attendre le budget pour obtenir des prêts à taux zéro ».

La Confédération paysanne collait des autocollants proclamant « Canicules, les aides sont ridicules ». Jocelyn Dubost, à la tête des Jeunes agriculteurs, a prévenu : « Nous attendons encore le déploiement des aides d’urgence et dans certains départements, d’autres ne pourront pas repartir ».

Annie Genevard a concédé que l’enveloppe d’urgence laissait les agriculteurs sur leur faim : ils auraient « voulu davantage ». Le budget à venir, dont la présentation est fixée au 30 septembre, doit selon elle répondre au « besoin d’affronter plus efficacement les chocs qui pourraient se produire » dans les années suivantes.

Demandes des organisations

Les organisations ont avancé plusieurs pistes. Les Jeunes agriculteurs réclament le financement de « plans et contrats d’avenir » pour soutenir ceux qui doivent réorienter leur production lorsque le climat rend certaines cultures impossibles.

Du côté des éleveurs FNSEA, la priorité porte sur la constitution de réserves de fourrage destinées aux saisons sans foin, assortie d’un allègement fiscal sur ces stocks.

La Confédération paysanne insiste sur la transition écologique et la préparation aux crises. Son porte-parole Stéphane Galais a précisé : « Nous ne sommes pas opposés au stockage d’eau par exemple mais il faut qu’il soit réfléchi » afin de préserver les cycles naturels de la ressource.

Le financement de l’aide d’urgence s’est déjà traduit par des coupes dans plusieurs programmes écologiques.

Budget, fiscalité et échéance européenne

Venus à Rennes, le député LR Julien Dive a jugé qu’il « faudra assumer de faire des choix stratégiques » pour réaliser des économies, l’agriculture devant figurer parmi les priorités. Il entend introduire au budget la faculté de suspendre, en période de crise, la redevance pour pollution diffuse — la taxe prélevée sur les achats de pesticides. À ses yeux, le « vrai » budget sera celui de 2028, ou à défaut un collectif 2027, une fois l’élection présidentielle passée.

Les parlementaires examineront d’autres allègements fiscaux. L’allègement des taxes sur le gazole non routier des tracteurs pesait déjà 1,3 milliard d’euros dans le budget 2026. Depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, l’exécutif a fait savoir qu’il renonçait entièrement aux rentrées liées à cet impôt, évaluées à 53 millions d’euros mensuels. Quant à la taxe sur le foncier non bâti, le plan sécheresse dévoilé début septembre a renforcé ses allègements à hauteur de 330 millions d’euros.

Les élus devront aussi trancher sur le réabondement du fonds d’indemnisation de solidarité nationale (ISN), conçu pour les pertes exceptionnelles. Son dotation annuelle avait été réduite de moitié dans le budget 2026 ; l’exécutif a ensuite ajouté 400 millions d’euros pour couvrir les sinistres de l’été.

Selon François Walraet, le calendrier des débats budgétaires au Parlement devrait rejoindre la fin des travaux des champs ; une partie de la profession se trouve « prêts à repartir en action, ulcérés de ne pas être écoutés » et disposée à reprendre les manifestations des trois hivers précédents.

Annie Genevard et le Premier ministre Sébastien Lecornu ont prévenu leurs opposants politiques qu’« il faudra un budget » pour répondre à la colère.

Les syndicats soulignent enfin l’échéance européenne : il ne devra manquer « un centime » à la politique agricole commune. Sur la programmation 2023-2027, celle-ci a versé chaque année 9 milliards d’euros aux agriculteurs français, un montant supérieur au budget annuel du ministère de l’Agriculture (un peu plus de 6 milliards d’euros en 2026, enseignement agricole compris).



Le Journal des Francais